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Monsieur le Maréchal,
Cugnot a réalisé une machine qui, aujourd'hui, roule sans
le concours des chevaux et cela est un progrès... Mais quel
désastre subissons-nous quand ce genre de véhicule sort
dans les rues! On ne sent plus l'odeur du crottin de cheval, ni le bon
air frais que l'on respirait jadis.
Que penseriez-vous si vous circuliez à bord d'une Toyota, d'une
Renault, d'une Citroën ou d'une Ford (voitures modernes dont celle
de Cugnot est l'ancêtre)? Et pourtant, l'empereur
Napoléon, s'il avait possédé l'un de ces
véhicules, aurait pu effectuer de longs trajets. Pensez donc, il
aurait rallié Paris-Bruxelles ou Luxembourg pour aller au
conseil européen des chefs d'États en une journée!
Alors qu'il fallait trois ou quatre jours pour rejoindre ces villes aux
XVIII ème et XIXème siècles... Les trajets,
semble-t-il, étaient longs. Seule la diligence pouvait faire de
tels trajets, mais il fallait s'arrêter dans des relais au bout
de trente kilomètres pour changer de chevaux. Sachez, monsieur
le maréchal, qu'aujourd'hui on ne change plus de chevaux, mais
qu'on met de l'essence ou une autre énergie non polluante dans
les moteurs de nos véhicules... Et cela va plus vite. On
s'arrête dans des stations essence pour faire le plein, et cela
nous coûte quelques euros. Heureusement que je n'ai pas le permis
de conduire de tels véhicules car cela me fatiguerait.
Savez-vous alors comment vous vous déplaceriez si vous viviez en
2010? En automobile, bien sûr! Même les souverains des
royaumes du Nord de l'Europe se déplacent en automobile tout
comme leurs sujets... Les carrosses ne sont plus réservés
que pour des occasions exceptionnelles (comme pour les
réceptions de chefs d'État, par exemple).
À bientôt,
Sylvie
Chère Sylvie,
Le crottin de cheval n'est pas une odeur fort
plaisante. J'ignore les technologies de ton époque, mais j'ai du mal à
imaginer un carrosse avancer sans chevaux... Enfin, des faquins du
début du XVIIIème siècle imaginaient bien ce genre de
véhicules sur l'Atlantide... Il fallait bien que cela arrive un jour.
Comme je n'arrive pas à imaginer pareil carrosse, je ne peux répondre à
ta question.
Pourquoi cela te fatiguerait de conduire pareil
véhicule, alors que je suis certain que tu dois être fraîche comme la
rosée du matin? Quant à moi, j'ai bien du mal à concevoir les
technologies de ton époque, tout comme tu aurais toi-même sans doute
bien du mal à imaginer les technologies des années 2200.
Passe une agréable soirée, chère Sylvie,
À très bientôt,
Joachim Murat, roi Déchu de Naples et des Deux-Siciles |