Bonsoir madame,
Mais j'aurais accepté votre
demande avec un grand plaisir, si je n'étais pas captif et promis à la mort dans
la vieille forteresse de Pizzo. Et je vous aurais mis en valeur devant
l'Empereur, vous pouvez en être certaine, car j'ai toujours agi ainsi face aux
dames soldates. Renseignez-vous donc auprès de mes frères d'armes, les
maréchaux.
Je suis quelqu'un de galant et de très respectueux, voire
d'empressé auprès de la gent féminine. Beaucoup de militaires du beau sexe ont
cependant préféré se travestir en homme avant de combattre, car «ils» avaient
peur de ne pas être respectés en n'étant pas des hommes; cela se voyait surtout
chez les hussards. Hé oui! Les shakos, que portaient ces derniers, avaient de
ces discrétions-là...
Il n'y eut sans doute pas énormément de femmes
servant dans l'armée, mais celles qui le faisaient étaient de véritables furies,
et surpassaient leurs camarades masculins en vaillance et en acte de valeur. Les
soldats de la grande armée n'étaient sans nul doute point des anges, mais les
soldates étaient bien loin de l'être elles-mêmes; comprenez les champs de
bataille étaient de véritables boucheries, et les dames devaient en outre
s'affirmer plus que leurs camarades du sexe fort.
Cependant, n'en blâmez
jamais mon impérial beau-frère: il n'était ni un monstre, ni un buveur de sang.
Il était en vérité l'homme providentiel qu'attendait la France exsangue après la
révolution et il se serait volontiers passé d'aller faire couler le sang aux
quatre coins de l'Europe! Mais les coalisés, poussés surtout par les Anglais,
cherchaient constamment à nuire à la patrie des Droits de l'homme -comprenez, la
nôtre.
Vous avez l'esprit d'une combattante et guerrière, et cela est
loin de me déplaire; mon épouse elle-même a votre détermination. Cependant si
elle ne s'est jamais rendue sur le champ de bataille, elle tenait tête à son
impérial frère, et ce n'était pas chose aisée pour une femme, ni pour un homme
d'ailleurs!
C'est pourquoi, fort de cette connaissance, cela me navre de
ne point pouvoir vous faire rentrer dans l'armée sous mes ordres, et ceux de
l'Aigle.
À bientôt,
Joachim-Napoléon, Ier roi déchu de
Naples et des Deux-Siciles
