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Monsieur le Maréchal,
Je suis d'une vaste région française qui a eu, au cours
des siècles, une histoire tumultueuse. Ce n'est pas la Picardie,
ni le Nord-Pas-de-Calais, mais une région bien connue pour son
art de vivre, sa gastronomie (fromages, tripes, andouillettes), ses
belles plages de sable fin ou de galets, ses falaises de craie, ses
grands personnages. C'est la Normandie: celle du duc-roi Guillaume le
Conquérant, des grands navigateurs et des artistes. Eh oui, je
suis fière de ma Normandie, de ses champs où l'on voit
les vaches dans les prés, de ses petites collines, de ses
villages et de ses sites naturels. Oh, je ne parle pas de Rouen, qui
est ma ville natale, mais d'un endroit que j'aime et que
j'apprécie pour sa magnificence. Bâtie sur un rocher
dominant une baie, la merveille de l'Occident garde la frontière
historique avec sa voisine, la Bretagne. Elle est là, bien
droite s'élevant vers le ciel avec son merveilleux archange
Saint-Michel. Et de là, on observe dans le lointain les
îles Chausey et plus à l'ouest la ville de Cancale...
J'aimerais savoir de quelle région de France vous êtes
originaire. Moi, j'apprécie la simplicité des habitants
de nos terroirs régionaux, leurs parlers et leur gastronomie.
J'aime la Normandie, comme j'aime sa voisine, la Bretagne et ses villes
comme Saint-Malo, Brest, Guingamp, Saint-Brieuc, Vannes, Nantes,
Saint-Nazaire, La Baule, le Pouliguen, Pornic; j'aime les sites, les
paysages, les beautés, les folklores et les musiques
traditionnelles de nos paysans; j'aime le Poitou et sa rudesse;
j'admire la majesté des Alpes et du Mont-Blanc, l'excellence de
l'Alsace, la fierté des gars du ch'Nord et le courage
légendaire des Corses, j'apprécie la simplicité de
l'accueil lorrain, les repas gastronomiques du Quercy et de l'Aubrac...
Voilà, comment je vois nos petites provinces: à travers
ses peuples et ses traditions.
Et vous, comment ressentez-vous nos régions françaises?
Ont-elles pour vous une âme? Sont-elles aussi marquées par
la présence religieuse du peuple de France?
Je suis par ma mère, une chtimie (c'est comme cela qu'on appelle
les gens du Nord-Pas-de-Calais) et par mon père, qui est
né à Paris, à moitié polonaise. J'ai un peu
de sang juif côté paternel et du sang catholique par ma
mère, mais mes racines sont avant tout françaises et
nationalistes. J'aime mon pays, son drapeau, son hymne et je le
respecte.
Comment ressentez-vous l'attachement de nos habitants à leur région?
À bientôt.
Je vous embrasse,
Sylvie
Chère Sylvie,
Je suis natif du Sud-Ouest, puisque je suis né dans le petit
village de la Bastide-Fortunière, à proximité de
Cahors, devenu chef-lieu du nouveau département du Lot sous la
révolution. C'est une belle région où le soleil
brille la majeure partie de l'année, et qui possède le
beau ciel azur du Sud de la France. Bien entendu, j'aime les
régions de France. Je dirais même mieux: j'aime la France.
Je me suis battu pour elle...
Durant les batailles, j'ai pu apprécier le courage de mes
concitoyens, un courage héroïque, digne des
légionnaires romains (mais quoi de plus naturel, puisque la
révolution se voulait romaine...). Le peuple français,
sous une apparente simplicité, est en fait ambitieux, enfin du
moins l'est de mon temps, et aspirait à de grandes choses...
Je suis athée de conviction. Je le suis devenu assez tôt,
bien avant la révolution, et avant d'avoir lu Descartes.
Hébert, sous la révolution, a lancé une vaste
campagne de déchristianisation, qui a eu trop grand écho
pour ne pas avoir laissé de marques dans le cœur des
Français... Pour ma part et pour autant que je le sache, j'ai
des racines françaises et italiennes: ma mère a une
ascendance mi-française, mi-italienne. De mon temps les
trois-quarts des Français sont attachés à leur
nation comme un seul homme. Je ne puis t'indiquer s'il en est de
même pour leurs régions, car sincèrement je
l'ignore, mais je puis te certifier, que moi, grand patriote que je
suis, suis également fortement attaché à ma
région d'origine... Et ce n'est pas mon ancienne couronne de roi
de Naples et des Deux-Siciles, qui me fera renier mes racines.
À très bientôt, je t'embrasse,
Joachim Murat, roi déchu de Naples et des Deux-Siciles
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