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Wolfgang Amadeus Mozart

     
   

Un autre Mozart?

    Vous savez, bien sûr, que la science fait chaque jour des progrès extraordinaires et vous n'ignorez pas que l'humanité en est à tenter de se reproduire de façon, disons, artificielle. Pensez-vous qu'un clonage, s'il était possible, produirait un second Mozart pourvu d'autant de dons et de génie que vous en avez? Ou n'aurait-il de vous que l'apparence physique, comme une enveloppe vide? Si on vous proposait cette opportunité d'être cloné, reproduit à l'identique, l'accepteriez-vous?

Mozart ne peut-il qu'être unique?



Cher Monsieur,

Je ne comprends que difficilement ce que vous me demandez. Voilà bien toujours le même problème que je rencontre souvent avec vos contemporains: votre siècle diffère en beaucoup de points du mien et bon nombre de questions font référence à des faits qui sont encore à venir pour moi!

Si je vous comprends bien, on semble pouvoir -ou vouloir?- dans votre époque, reproduire des êtres humains à l'identique? En tous les cas, cher Monsieur, il est une notion que vous ignorez dans votre lettre et qui m'a pourtant fait ce que je suis: le travail. Un talent ne peut se développer sûrement qu'avec beaucoup de travail. Croyez-moi; je suis particulièrement bien placé pour le certifier! Ainsi, je ne sais si les «clonages» reproduisent l'acquis, mais toute la réponse à votre question est là, semble-t-il.

W. A. Mozart



Il semble, Monsieur Mozart, que votre réponse soit plus sensée que ne le fut ma question, sans doute quelque peu irréfléchie. Je n'avais en effet envisagé dans mon idée de reproduction à l'identique d'un humain (qui n'en est encore qu'au stade expérimental si l'on en croit ce qui se dit), que le «donné», le don, la pâte encore informe qui fait que vous êtes, avant même que d'en avoir usé, un peintre, un musicien ou un sculpteur dans l'âme.

Le commun des mortels, dont je suis, croit parfois fort stupidement que le génie se nourrit de lui-même et ne s'use point au labeur, aux exercices longuement répétés, ne connaît ni l'hésitation, ni l'erreur, ne se heurte point aux ratages ni aux recommencements. Comme si le génie vivait en invité indépendant de son hôte. Un  de nos célèbres poètes-chanteurs a écrit «L'avait l'don, c'est vrai, j'en conviens, l'avait l'génie, mais sans technique, un don n'est rien qu'un' sal' manie...».

Il est nécessaire sans doute de travailler ce don, d'ajouter le talent au génie, de faire fructifier cet extraordinaire présent de la nature aveugle afin d'en faire profiter, au-delà du temps et des modes, les foules éblouies.
 
Je vous souhaite le bonsoir, Monsieur, vous dont on dit que le silence qui suit votre musique est encore du Mozart.



Monsieur,

Il est vrai que je compose d'abord en moi-même et qu'ensuite, quand tout est «écrit» dans ma tête, je retranscris sur le papier, sans rature ou repentir. Cette absence de traces de la création du travail de composition peut faire penser, je le crois, à un manque de travail.

Pourtant, Dieu sait que certaines oeuvres m'ont demandé de longues heures de composition! Ce serait trop beau que la musique me vienne ainsi, tombant du ciel comme la pluie.

Je vous salue, portez-vous bien.

W. A. Mozart



Monsieur,
 
Serait-ce aussi beau s'il n'y avait pas de vous, de votre chair et de vos émotions? Serait-ce aussi beau si la musique était le fait d'un pur esprit désincarné?

On parle beaucoup de vous et pas seulement en termes de compliments. D'aucuns s'étonnent même qu'un tel sacripant puisse avoir autant de talent et crient à l'injustice. Je ne sais si tout cela est vrai: je prête rarement l'oreille aux médisances. Mais même si tel est le cas, en quoi une vie un tant soit peu dissolue et un vocabulaire grossier peuvent-ils nuire à la création? Si vous connaissiez monsieur de Toulouse-Lautrec, vous verriez comment ce monsieur, par ailleurs grand amateur d'absinthe, de lieux de perdition et de petites femmes dites «légères», trousse ses tableaux de couleurs et de mouvements.

Nous ne sommes pas d'une seule pièce: bien des composantes font que nous sommes des êtres complexes, d'ombre et de lumière. Et puis, mais ceci vous semblera sans doute puéril comme remarque, vous êtes du signe du Verseau, mon presque jumeau à un jour près (et quelques années) et ces êtres ne sont pas réputés pour leur tempérance.
 
Voici, Monsieur, mon billet de ce soir.
 
Si vous me répondez, vous pouvez m'appeler Madame car je porte cotillons plutôt que braies.
 
Prenez grand soin de vous.