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Mon cher Mozart,
J'ai failli commencer par «Sehr geehrter Herr Mozart», mais
je ne suis pas germanophone, alors pourquoi donner dans le registre de
la flagornerie au risque de compromettre une relation
épistolaire à peine embryonnaire?
Avant qu'on ne vous dépeigne sur les écrans de
cinéma (un truc de mon époque qui ressemble à
l'opéra mais en moins vivant), j'avais une image de vous tout
à fait différente! Pourtant, c'est l'image d'une de vos
interprètes qui me fait prendre la plume (ou le clavier)
aujourd'hui.
Je ne sais si de là où vous êtes, vous avez eu
connaissance que votre «Messe du Couronnement» avait
été interprétée en 1985 à la
basilique Saint-Pierre-de-Rome sous la baguette d'Herbert von Karajan,
mais surtout avec Kathleen Battle au pupitre de soprano solo. Lors de
l'«Agnus Dei», et cela fait des années que ça
dure lorsque je visionne votre œuvre en DVD (si les termes techniques
vous disconviennent, n'hésitez pas à m'en faire part, je
prendrai le temps nécessaire pour faire toutes les
lumières voulues), donc, disais-je, cet (votre) «Agnus
Dei» me tire immanquablement des larmes des yeux tant il touche
au divin. Ce bonheur lacrymal provoque chez moi un dilemme de taille:
l'agnostique que je suis ne trouve pas d'argument pour écarter
toute trace divine dans ce que j'entends. Dieu serait-il pour vous une
réalité ou un prête-nom pour ce qu'on pourrait
appeler harmonie universelle?
Au risque d'abuser de votre temps et pour que ma question prenne plus
de sens, j'aimerais porter ces quelques lignes à votre
connaissance, elles sont tirées d'un roman (disponible
gratuitement en ligne!) qui traite pour partie de la vie d'un organiste:
«Lorsque le dernier souffle de l'accord final se fut perdu sous
les voûtes, François entendit le bruissement des chaises,
plus bas. Les fidèles s'étaient assis et l'office allait
commencer. Pour lui, la messe ne serait plus qu'un bruit de fond qu'il
ponctuerait depuis son promontoire. Ses rapports avec Dieu
appartenaient à un autre registre. Sa voie était de le
célébrer, de le magnifier avec sa musique, laquelle
prenait beaucoup plus de sens que les mots les plus puissants, les
prières les plus ferventes. Le souffle de l'orgue apportait plus
de lumière à la cathédrale que les plus lumineux
des vitraux. Il lui semblait que sa musique formait un pont reliant
l'âme des hommes au Tout-Puissant. Il était
persuadé que les vibrations que ressentaient ses auditeurs
étaient plus efficaces que les prières que d'aucuns
ânonnaient mécaniquement.»
Si tel était le cas, merci d'être allé jusqu'au
bout de ces lignes.
Avec toute mon admiration,
Thierry
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