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Wolfgang Amadeus Mozart

     
   

Merci pour tout... et désolé

    Liebe Wolfgang,

Vous connaissez sans doute la formidable pile électrique que M. Volta a présentée au Roi de France, ou peut-être avez-vous entendu parler des succès de M. Franklin avec la foudre aux Amériques. Eh bien, c'est une grande félicité que de pouvoir aujourd'hui utiliser cette force pour pouvoir vous parler et écouter vos oeuvres encore et encore... sans orchestre! Eh oui...

Simplement un grand MERCI pour toute votre oeuvre. Sachez que bien des gens (pas seulement moi) pensent que votre musique vous place parmi les hommes ayant élevé l'humanité au sublime. Moi j'aime beaucoup, et je rêve souvent d'avoir inventé une machine pour voyager dans le temps, afin de voir la première de Cosi ou de la Flûte enchantée. J'ai voyagé à Salzbourg et à Vienne où vos maisons sont aujourd'hui des lieux de pèlerinage, j'ai même vu la boucle de cheveux que l'on vous enleva lorsque vous étiez petit. Que pensez-vous de cette mise en scène?

Et puis aussi je veux vous dire combien le peuple français est aujourd'hui profondément désolé de l'accueil qu'il vous fit à vous et votre malheureuse mère. Sachez qu'aujourd'hui la France est un des pays ou vos admirateurs sont les plus nombreux; il y a même un festival qui vous est dédié en Provence. J'espère que vous ne nous en tiendrez pas rancune.

Musicalement vôtre,

Arnaud



Cher Arnaud,

Je retiens de votre lettre que vous appréciez ma musique, que vous aimez mon «Cosi fan tutte» et ma «Zauberflöte», et cela me suffit tout à fait.

Une boucle de mes cheveux exposée, notre maison du 9 Getreidegasse, un lieu de pèlerinage? Tentez de vous mettre à ma place: ne seriez-vous point déconcerté par une telle nouvelle?

Quant au «peuple français», mon Cher Arnaud, souffrez que j'oublie ce que je pourrais en avoir à dire; je me tairai à son sujet, cela vaut mieux devant un admirateur français. Et puis ne me réclamez-vous pas de ne lui tenir aucune rancune de «l'accueil qu'il me fit»?

Le respect que je porte à votre requête justifie que je m'arrête ici.

W. A. Mozart



Cher Frère Mozart,

Merci de prendre le temps de répondre à ma lettre. Quelle joie pour moi de recevoir un courrier du grand Mozart! J'espère que vous ne prenez pas trop de votre temps de composition pour répondre à vos nombreux admirateurs! Sur quoi travaillez-vous ces jours-ci à part votre singspiel, ou cela vous prend-il tout votre temps?

À ce propos, savez-vous, mon cher petit frérot, que bien que je vous admire à baiser vos «Schuhe» même pleins de boue, je suis aussi fort en colère à votre sujet? Moi qui ai en musique deux passions, l'orgue et Mozart, je me trouve en grande difficulté lorsqu'il s'agit de les réconcilier? Lorsque j'ouvre mes livres de partitions pour mon orgue à l'église, je ne trouve que quelques morceaux, certes admirables mais enfin fort peu nombreux! Je me dois de vous réprimander gentiment et de vous demander, à la vérité, pourquoi avez-vous si peu composé pour l'orgue?

D'autre part, je peux me permettre de vous appeler Frère, «a proposita», car nous sommes tous deux de la grande fraternité universelle, celle qui est guidée par la lumière de l'Orient. Dans le futur, mon frère, beaucoup de loges portent votre nom, et même les plus acharnés de nos adversaires sont touchés par les superbes pages que vous avez écrites pour les travaux, et qui sont, soyez-en assuré, jouées dans ma propre loge, je m'en occupe personnellement. Sachez qu'une raison importante de mon initiation fut que vous l'avez vous-même subie. Aussi voudrais-je vous demander comment, mon frère, vous vivez vous-même cette partie de votre vie. Pensez-vous que cela a influencé votre musique et votre vie?

À ce propos, ne vous inquiétez pas que votre réponse soit interceptée par la police de l'empereur, je peux vous assurer que M. Dumontais prend toutes les précautions possibles, il y n'y a donc pas de risque que des informations puissent nuire aux autres frères.

En tous cas, bon courage avec votre singspiel, et je vous dirais que je pense, moi, que cela sera un grand succès. Soignez-vous bien, en fait si je pouvais vous conseiller, je vous demanderais de pas sortir dans le froid et de ne manger que des choses saines. Hélas! Je crois bien que vous ne m'écouterez sans doute pas, on m'a dit vous n'écoutez guère votre famille et vos amis à ce sujet, n'est-ce pas?

Je vous salue aussi bas que mon dos me permet de me courber, ce qui ne l'est pas très, mais le coeur y est,

Arnaud



Très Cher Arnaud,

Je vous remercie pour toutes ces paroles si bonnes à mon égard, mais pourquoi devrais-je m'inquiéter que ma réponse soit interceptée par les services de la police?

Vous m'inquiétez! L'Empereur, jusqu'à présent, ne nous a causé souci d'aucune sorte. En auriez-vous à votre époque? Je ne le vous souhaite point, mais il me semble que vous n'en devez point avoir. Votre lettre vous dit content de votre qualité de Franc-Maçon et vous vivez heureux semble-t-il, dans ce que vous appelez cette grande Fraternité Universelle, dès lors...

Je vous salue,

W. A. MOZART