Les Intermittents |
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| Cher Amadée, Il y a quelques jours j''allais assister au joli château de Goulaine à la représentation de vos «Noces de Figaro». La soirée était douce et après un long chemin, nous étions heureux de nous retrouver, le soir venu, prêts à jouir du spectacle. L'ouverture fut un enchantement. Nous prîmes la distraction de regarder le décor ravissant de cette cour d'honneur à l'architecture si propice à la rêverie que quelques artifices suffirent à nous transporter sur les lieux où Figaro et Suzanne échangeaient leurs projets. Quand soudain nous eûmes le souffle coupé. Imaginez, Amadée, qu'en notre XXIe siècle, le spectacle de votre oeuvre voit éclore le germe de la révolte que vous annonciez. Enfin, pas exactement comment vous l'aviez suggéré. Ceux qui sont intervenus ce soir-là, ce ne sont pas les gueux contre les seigneurs, les valets contre les maîtres. Écoutez la suite. Brutalement la musique cessa alors que tous les spectateurs, les chanteurs, les musiciens, les machinistes étaient brusquement pris de quintes de toux, de crises de larmes et de suffocation; ce fut un brouhaha inimaginable, une panique générale et des bruits se mirent à circuler: LES INTERMITTENTS, BOMBE LACRIMOGÈNE. Ce fut pitié de voir cette pauvre Suzanne au bord de l'évanouissement, portée à l'abri de ces gaz toxiques qui avaient envahi le site. Pour rassurer les spectateurs qui avaient résisté stoïquement à cet assaut, le chef vint sur scène annoncer, entre deux crises de toux, que le spectacle reprendrait dès que Suzanne aurait retrouvé sa voix. Durant tout ce temps, mes yeux larmoyaient, je toussais à travers mon mouchoir et je maudissais la malchance qui gâchait une si belle soirée. Les «intermittents», ces personnes qui n'ont pas la chance d'avoir des privilèges, avaient tenté de nous faire comprendre leur situation. Vous, Amadée, avec votre imagination si riche, n'auriez-vous pas trouvé un moyen plus aimable de faire comprendre cette requête? Sur quel air l'auriez-vous présentée? Qu'auriez-vous dit ce jour-là à ces protestataires qui perturbaient votre oeuvre? Qu'auriez-vous répondu aux spectateurs maltraités? Faisant confiance à la fécondité de votre esprit, cher Amadée, je vous remercie à l'avance de votre réponse. Domi |
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| Cher Monsieur, Me voilà bien embarrassé devant vous! Je ne connais en effet ces gens «intermittents». Toutefois si je vous comprends, par quelque technique théâtrale, ces gens vous ont enfumés interrompant ainsi la représentation... Sont-ce là des artistes pour ainsi s'attaquer à leur confrérie? Je suis réputé pour être si susceptible que, lorsque l'on fait le moindre bruit alors que je suis au clavier, je m'arrête immédiatement. Mon cher Monsieur, j'eusse été près de vous, j'aurais été dans l'embarras le plus profond. Car je suis aussi ami des hommes et veux les entendre lorsqu'il sont malheureux. Ces «intermittents», dans le fond, n'exprimaient-ils pas un malheur inconnu? Qu'aurais-je fait? Je ne sais, car c'est mon habitude de me conduire envers les gens de la façon dont ils se conduisent envers moi. Wolfgang Amadée |