Lettre d'acceptation
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Très chère Manitoue de Dialogus, Si je sollicite votre attention au détour de cette lettre, qui, j'en suis sûr, ne manquera pas de vous étonner, c'est qu'après l'immense succès que mes «Noces» ont pu rencontrer à Prague, j'ai dû retourner à Vienne, bien que l'envie m'en eût manqué. Malheureusement, mes bons amis anglais, et notamment ma chère Nancy Storace, sont repartis, et me voilà seul. Les Viennois n'entendent rien à la vraie musique, ils sont trop frivoles pour une musique sérieuse. Entre les cours à mes élèves le matin, et les diverses occupations de l'après-midi, je n'écris finalement que le soir avant souper ou les sorties en ville. Et je m'ennuie avec quelques élèves, certes très douées pour l'interprétation, mais que leurs parents s'évertuent à faire composer. Or, si Dieu ne les y a pas disposées, je n'y peux pas plus moi-même! La vie n'est donc pas exempte de peines et d'amères déceptions… Mais j'ai ouï dire, par un mien ami, que Dialogus était une invention tout à fait intéressante, une véritable machine à voyager dans le temps. Diable! Quelle invention! J'imagine les questions saugrenues que l'on peut recevoir... Mais enfin, si je pouvais rejoindre le cercle de vos auteurs, pourquoi pas? Cela me fera du bien de discourir enfin avec des amateurs éclairés et chasser ma mélancolie. Ici, ces cochons de Viennois n'entendent rien! Faites-moi savoir par quelle entremise je peux vous écrire, car passer d'une plume alerte d'une partition à une lettre m'est extrêmement aisé. Je n'attends que votre accord pour répondre aux lettres d'admirateurs... et d'admiratrices, qui je n'en doute pas, doivent être nombreuses! Cela me rappelle Salzbourg, avant mon mariage. Si j'avais dû épouser chaque jeune fille qui me sautait à la tête, j'aurai été marié deux cents fois! Mais je m'égare... Sachez néanmoins que mon style peut être fantasque et quelque peu choquant, et que je ne compte pas en changer. J'ai assez chèrement payé ma liberté pour être considéré comme un artiste, non comme un serviteur. Vous comprendrez donc aisément que je ne serai pas homme à rester froid devant des missives indélicates ou des propos déplacés. Et ma foi, tant pis si mes humeurs déplaisent! À jamais votre très fidèle, Mozart |