Daphné
écrit à

Jean Moulin
| Cher monsieur, C'est un grand honneur pour moi de pouvoir vous écrire. Je n'aurais jamais imaginé cela possible. Monsieur Dumontais a dû vous assurer de la confidentialité de cette correspondance, qui ne peut tomber entre les mains des forces d'Occupation: il y a longtemps que le troisième Reich a capitulé et qu'Hitler s'est suicidé! Cela grâce à vous et à tant d'autres anonymes combattants de l'ombre... Je n'ai, fort heureusement, pas connu cette période tragique de notre histoire et je me demande comment vous avez pris conscience, très tôt, du danger que représentait l'Allemagne nazie alors que beaucoup sont restés longtemps dans l'aveuglement. Je suis admirative de votre courage, qui s'est manifesté tout de suite, par exemple pour défendre les tirailleurs sénégalais injustement accusés, et qui se manifeste encore aujourd'hui puisque je suppose que vous vivez dans la clandestinité. Quand avez-vous pris conscience du danger que représentait le nazisme? Qu'est-ce qui motive votre conduite de vie et toutes ces décisions si courageuses que vous prenez? Qu'est-ce qui en est à l'origine? J'aimerais également savoir quelle a été votre réaction lorsque Léon Blum a annoncé que la France n'aiderait pas les Républicains espagnols pendant la Guerre civile de 1936. Si je peux me permettre un conseil, de grâce, méfiez-vous de Didot! En revanche, vous pouvez vous fier entièrement à votre secrétaire, qui vous est demeuré fidèle jusqu'à aujourd'hui. Je vous remercie du temps que vous pourrez me consacrer, Daphné
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