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Bonjour chère fée Morgane,
J'ai lu avec beaucoup d'attention
votre correspondance. Souvent, des intervenantes vous demandent conseil
pour être initiées à l'accès au monde d'Avalon. Étant un homme, je ne
puis que me tourner naturellement, selon moi, vers ce que je nommerai
«la voie de Merlin». Vous serait-il possible, comme vous le connaissez
bien et depuis longtemps, d'essayer de définir, d'exprimer, ce que,
selon vous, serait «la voie de Merlin»?
Avec mes plus amicales et sincères pensées,
Dominique
Mon ami,
Je ne saurais plus que Merlin lui-même décrire son
chemin mais, ayant passé du temps avec un homme qui portait ce titre et
ce nom, je peux te dire ce que j'ai pu voir, entendre et comprendre.
C'est un état de changement où l'homme entre en mutation; il accède au
don de vision, de sagesse; il peut entrer en communication avec
l'énergie divine du dieu et de la déesse; je dirais même qu'il est
partie intégrante de cette énergie.
Mais cet état ne s'acquiert
pas sans douleur: j'ai vu Merlin sombrer plus d'une fois aux portes de
la folie; je crois d'ailleurs que c'est elle qui l'a mené sur cette
voie. Le fil est sensible et il peut casser à tout moment. Mais Merlin
s'en est toujours sorti; c'est ce qui faisait de lui un homme si grand
et si sage. Il ne prenait jamais les choses au sérieux et s'exprimait
bien souvent par fables, toutes magiques, car elles nous touchaient en
plein cœur. Bien que très vieux, son regard trahissait un état enfantin
permanent que sa folie entretenait aussi, je pense.
Pour moi,
entrer dans «la voie de Merlin», c'est entrer dans les plus sombres
profondeurs de son âme, d'en ressortir nu de tout ego, de laisser son
corps être le canal d'une expression divine. Quelquefois, lorsque je le
trouvais dans un état de méditation, je lui demandais à quoi il pensait
et sa réponse était à chaque fois: «je ne pense pas, je sens... ferme
tes yeux et sens à ton tour, c'est comme ça que les portes de l'autre
monde s'ouvriront à toi».
Contrairement à moi qui vivais parmi
mes sœurs prêtresses, Merlin était un solitaire. Il ne paraissait pas en
souffrir, bien que bon nombre de nos ébats aient révélé un besoin
intense de partage et de communication avec un corps physique.
Voici
ce que je peux te dire sur ce que tu appelles «la voie de Merlin». Si
tu le souhaites, je pourrai discuter avec toi de beaucoup de ces choses
qu'il m'a apprises. Il était pour moi la représentation du dieu cornu,
tant comme père, que comme amant!
Je te laisse et me replonge
dans ces vieux souvenirs; peut-être vais-je faire appel à lui ce soir...
La nuit promet d'être douce...
Bien à toi,
Morgane d'Avalon
Chère amie Morgane,
Merci pour ta longue et belle réponse, elle
me touche beaucoup. Elle résume remarquablement la perception que je me
faisais plus ou moins clairement de cet être complexe qu’est Merlin. Tu
as su préciser ce que pourrait être effectivement, réellement, «la voie
de Merlin». Tu insistes, à juste titre, sur le fait de «sentir»,
«ressentir» plutôt que sur le «penser». La référence à Cernunnos
s’impose en effet. Pour moi, en ces quelques lignes, tu as parfaitement
défini «la voie de Merlin»: ce pourrait être le reflet fidèle de la
recherche vraie qui s’accomplit au sein de toute conscience humaine. Je
serai évidemment très heureux d'approfondir tous les questionnements que
suscitent cette voie grâce à ton aide précieuse: à ce niveau il est
toujours important et utile de bien clarifier et expliciter ce dont nous
parlons véritablement.
Avec toute ma plus sincère amitié,
Dominique
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