Eugénie et Auriane
écrivent à

   


Marquise de Montespan

     
   

Votre vie de famille
(Projet scolaire 4°F)

   

Chère Madame de Montespan,

Nous sommes deux jeunes filles de treize ans. Nous avons lu vos mémoires. Vous semblez être à la fois mécontente de ne pas pouvoir donner votre avis politique, mais vous semblez être soulagée de ne pas avoir d’ennuis après les quelques défaites de la France.

Nous imaginons que la vie à la cour pouvait être difficile avec des enfants. Dans les moments difficiles, nous pensons que la présence de sa famille est d’un grand réconfort. Et justement, votre vie de famille était-elle facile à la cour de Versailles? Est-ce-que vous vous montriez avec Louis XIV en public? Était-il un bon père? Que sont devenus vos cinq maris?

Nous avons aimé vous écrire cette lettre. Nous avons hâte de recevoir votre réponse.

Eugénie et Auriane


Mesdemoiselles,

Beaucoup de jeunes personnes m'entretiennent sur mes soit-disant Mémoires ces tems-cy. Sachez que je n'ay point escrit ceux-cy.

Je n'ay eu qu'un seul espoux: Louis Henry de Pardaillan de Gondrin, marquis de Montespan. Nous nous sommes unis le six février 1663. Mon espoux n'accepta point que je devienne la maitresse du Roy. Pourtant, lorsque je compris que Sa Majesté me portoit intérêt, j'ay tout d'abord demandé au marquis de Montespan de m'emmener sur ses terres, loin de la cour. En effet, j'aimois divertir le Roy mais je n'enviois point la position de Mademoiselle de La Vallière.

Malgré mes supplications, mon espoux refusa de m'éloigner de la cour. Je finis par succomber au charme de Sa Majesté, ce que le marquis de Montespan vécu fort mal. Il fit de nombreux esclandres à la cour, ce qui déplut fortement au Roy. Louis exila mon espoux sur ses terres en 1669 et j'obtins une séparation d'avec luy en 1673. Le marquis de Montespan mourut en 1701 sans que je l'ay revu.

Les enfans que j'ay donné à Sa Majesté sont restés dans l'ombre jusqu'à leur légitimation, le vingt décembre 1673. Jusqu'à cette date, ils vivoient cachés, avec leur gouvernante, Madame Scarron. Mes enfans vinrent vivre à la cour dès l'année 1674, où ils pouvoient rencontrer leur père. Louis est très attaché à nos enfans, avec lesquels ils aimoient passer du tems et jouer de la musique. Il s'est occupé de les établir du mieux possible par des titres et des mariages. Ainsy, Louis Auguste fut titré duc du Maine et a espousé Anne Louise de Bourbon, petite-fille du Grand Condé. Louise Françoise reçu le titre de Mademoiselle de Nantes et espousa le duc de Condé en 1685, ce qui me rendit très fière. Françoise Marie, titrée Mademoiselle de Blois, est aujourd'hui duchesse d'Orléans de part son union avec le neveu de Sa Majesté. Quant à Louis Alexandre, comte de Toulouse, il n'est point encore marié et a desja derrière luy une carrière militaire brillante.

À la cour, j'estois entourée de mes soeurs, la marquise de Thianges, et Marie-Madeleine, abbesse de Fontevrault, ainsy que par mon frère unique, le duc de Vivonne. Tous trois sont aujourd'hui décédés.

J'avois esgalement une autre soeur, Marie-Christine, qui devint religieuse. Elle désapprouva ma relation avec le Roy et mourut fort jeune, sans que nous ayons eu le tems de nous réconcilier.

J'espère vous avoir esclairées,

Françoise de Rochechouart de Mortemart
Marquise de Montespan