Clémence
écrit à

   


Marquise de Montespan

     
   

Quelques questions sur votre vie

   

Madame la marquise de Montespan,
                                 
En espérant ne pas vous déranger, je sollicite de votre part quelques minutes de votre précieux temps. Je suis une élève de quatrième au collège de Beaucamps et je vous écris dans le cadre d'un projet scolaire de français. Je suis comblée de pouvoir écrire à une personne aussi illustre que vous et pour moi vous choisir pour correspondre était évident, vous, Madame de Montespan, sans aucun doute la plus célèbre des favorites de Louis XIV. J'étais tellement heureuse à l'idée de vous écrire, que j'ai fait de très nombreuses recherches à votre sujet.
                                                                                                                                                  À la suite de ces recherches, je souhaiterais vous poser quelques questions: est-ce que la vie à la Cour est épuisante, car il faut respecter l'étiquette et faire face aux regards que les courtisans portent sur vous? Est-ce handicapant de vivre nuit et jour dans la suite du Roi? Est-ce que vous trouvez que vos toilettes sont pratiques à porter tout au long de la journée? Qu'auriez-vous fait si vous n'étiez pas devenue la favorite du Roi? Louis XIV vous a offert le château de Clagny: y passez-vous beaucoup de temps?

Je serais très honorée si vous vouliez bien répondre à mes questions. Sachez que j’attends avec impatience votre prochaine missive. Je vous en remercie d'avance.

Veuillez agréer, Madame, mes sentiments les plus sincères,

Clémence


Chère Clémence,

La vie à la cour est contraignante et il n'est point donné à tout le monde de s'y épanouir. Je pense à Mademoiselle de La Vallière qui préféroit retrouver le Roy dans des lieux secrets, plutost que de paraistre à ses côtés devant les courtisans. Pour se maintenir à la cour, il est impératif de pouvoir compter sur des amis ou des personnes bien placées. Ainsy, les alliances se font et se défont au gré des faveurs et disgraces. Vous devez vous souvenir de Bonne d'Heudicourt, qui fut jadis mon amie, avant de me trahir et de révéler l'existence des enfans que j'avois donnés au Roy, et qui estoient jusqu'alors élevés en secret. Elle fut chassée de la cour sur ordre de Sa Majesté. Lorsque Madame d'Heudicourt y revint, c'estoit en tant qu'amie de la marquise de Maintenon.

Au tems de ma faveur, je n'estois point tout le tems auspres du Roy, dont la journée estoit organisée d'aspres le cérémonial qu'il avoit mis en place. Mais lorsque Louis estoit parmi les gens de sa cour, ma présence estoit indispensable tant je pouvois compter de rivales qui guettoient l'instant où je m'éloignerait de luy pour espérer me succéder.

À la cour, il m'estoit indispensable de paraître à mon avantage, mesme si toutes mes toilettes n'estoient pas agréables à porter. Je devois tousjours rivaliser d'idées pour estre à la hauteur de l'honneur que m'avoit fait Sa Majesté, en me choisissant pour favorite. De ce fait, avec mes tenues, j'arrivois mesme à éclipser la Reyne. Dans les autres cours d'Europe, on parloit de moy comme «la véritable Reyne» de la cour de France.

Estre la favorite du Roy n'est en rien une fonction officielle. À la cour, j'occupois la place de dame d'honneur de la Reyne lorsque je devins la maîtresse de Louis. Mesme sans la faveur royale, j'aurois occupé cette fonction, estant de haute noblesse.

Le Roy a ordonné la construction du chasteau de Clagny pour moy, en 1674. J'ay renoncé à ce domaine lorsque j'ay quitté la cour en 1691. En 1700, j'acquis le chasteau d'Oiron, où je demeure ausjourd'huy.

Je vous donne le bonjour,

Athénaïs de Montespan