Philippine
écrit à

   


Marquise de Montespan

     
   

Mieux vous connaître

   

Chère Madame de Montespan,
           
Je vous écris aujourd’hui pour vous faire part de ma grande admiration à votre égard et vous poser quelques questions. Je suis une élève de quatrième (onzième année d’études) à Sainte-Marie à  Beaucamp-Ligny. J’aime la littérature et j'ai souvent entendu parler de vous! Pour commencer, je dois vous dire que, pour moi, avoir protégé les arts et fait avancer la cour, comme vous l’avez fait, est une sorte d’exploit!

Si vous le voulez bien passons aux questions. Chère Madame, pour vous, être seulement la favorite (bien que vous ayez occupé cette fonction avec une grande splendeur) et non la reine, vous affecte-t-il? Ensuite une autre question, que je n’espère pas trop personnelle, c’est de vous demander combien d’enfants vous avez eus avec le roi. Car, après plusieurs recherches, personne ne me donne un chiffre fixe et personne ne pourra mieux me répondre que vous. Et pour terminer ce petit questionnaire, avez-vous d’autres choses à nous dévoiler sur l’Affaire des Poisons?

Je vous remercie d’avance pour vos réponses,

Philippine


Mademoiselle,

Quel charmant prénom que le vôtre. Je suys bien aise que nous ayons un point commun dans la passion que nous avons pour les lettres et la comédie.

Pour vous respondre, sachez que les mariages royaux sont tousjours affaire de politique. Vous devez savoir que Sa Majesté vouloit tout d'abord espouser la nièce du cardinal de Mazarin, Marie Mancini. Mais la paix avec le royaume d'Espagne imposoit que Louis espouse l'Infante Marie Thérèse. Aussy, je n'ay jamais envisagé que le Roy puisse espouser l'une de ses sujettes. Des rumeurs ont circulé aspres la mort de la Reyne, disant que Sa Majesté auroit espousé en secret Madame de Maintenon. Je n'y crois guère.

J'ay donné au Roy sept enfants. Six ont pu estre légitimés, notre premier enfant estant décédé avant que Louis ne trouve le moyen de reconnaistre nos enfans sans que je sois nommée sur l'acte de légitimation. En effet, j'estois mariée et le marquis de Montespan pouvoit revendiquer des droits sur les enfans que j'avois eus de Sa Majesté. Mademoiselle de Tours et mon petit comte de Vexin sont décédés durant l'enfance. Leurs quatre frères et sœurs, le duc du Maine, le comte de Toulouse et Mesdemoiselles de Nantes et de Blois ont atteint l'asge adulte et sont ausjourd'hui fort bien establis.

L'Affaire des Poisons reste une page sombre du règne de Sa Majesté. J'ay estée fort contrariée d'apprendre que ma première femme de chambre, Mademoiselle des Oeillets, s'estoit compromise en fréquentant des empoisonneuses. Elle se seroit mesme fait passer pour moy, estant jalouse de ma relation avec le Roy. Elle se vantoit d'avoir eu des enfans de Louis, qu'il n'avoit point voulu reconnaistre. Cela fait maintenant bien lontems que Mademoiselle des Oeillets n'est plus de ce monde.

Je vous adresse mes amitiés,

Françoise Athénaïs de Rochechouart de Mortemart
Marquise de Montespan