Samantah, comtesse de la Salina
écrit à

   


Marquise de Montespan

     
   

Les enfants de la Duchesse de La Vallière

    Bonjour Madame,

Excusez-moi de vous déranger. Tout d'abord, je voudrais vous dire que malgré tout ce qu'on dit sur vous à mon époque, je vous aime bien. Je pense que l'on vous a impliquée dans «l'affaire des poisons» par jalousie et pour que vous tombiez en disgrâce.

Si vous le voulez bien, j'aurai quelques questions à vous poser sur les enfants que Louise de La Vallière a eus avec le roi.

Parlons d'abord de Marie-Anne, princesse de Conti. Comment la trouviez-vous? Est-ce exact que, lors de son premier bal, (elle avait alors sept ans et demi) elle s'est approchée de vous et vous a dit: «Madame, vous ne regardez pas aujourd'hui vos amies?» Est-il vrai qu'après son mariage, elle est devenue insupportable et qu'il n'y a plus que son père, le roi, qui l'aimait?

Parlons ensuite de Louis, comte du Vermandois, malheureusement mort à seize ans de maladie. Comment était-il? Ressemblait-il physiquement au roi, comme on l'a prétendu? Quand a-t-il développé le goût du «vice italien»? Est-ce que c'est vrai que Madame, seconde épouse de feu Monsieur, essaya de le remettre dans le droit chemin avant de supplier la grâce du roi? D'ailleurs, pardonnez-moi si je change de sujet, pourquoi Madame n'appréciait-elle pas vos enfants? Est-ce parce qu'ils étaient «illégitimes»? Pourquoi donc appréciait-elle le comte de Vermandois? Appréciait-elle aussi Marie-Anne?

En m'excusant de vous avoir dérangée,

Samantha, comtesse de La Salina

Chère Comtesse,

C'est pour moy une grand plaisir de vous respondre.

Mademoiselle de Blois estoit une charmante jeune fille pleine de grâce lorsqu'elle estoit jeune. Elle fit son entrée à la cour à l'occasion d'un bal donné à Saint-Germain en janvier 1674 au bras du prince de La Roche-sur-Yon. Marie-Anne de Bourbon estoit parée comme une dame malgré ses huit ans, dans une robe de velours noir, portant une grande quantité de diamant. Elle dansa à merveille mais il est vray que pour ma part, je ne fus point touchée par cette demonstration. C'est pourquoi la jeune princesse ne pu s'empescher de prononcer à mon esgard les paroles que vous m'avez citées.

Vous devez sçavoir que le Roy mit en scène sa fille ce soir là uniquement pour tenter de retenir la duchesse de la Vallière qui souhaitoit se retirer au Carmel. Avant ce soir, personne à la cour n'avoit vu la petite Mademoiselle de Blois qui demeuroit chez les Colbert. Le but de Sa Majesté estoit d'attendrir la duchesse qui auroit pu, si elle avoit décidé de rester à la cour, avoir sa fille près d'elle. J'estois contre cette idée, Louise estant libre de choisir sa voie mais surtout parce que la présence de l'ancienne favorite auprès de moy et du Roy me donnoit beaucoup de peine et d'incertitudes. J'estois heureuse qu'elle quittast la cour et ne supportois pas que le Roy voulust l'y retenir.

Mademoiselle de Blois espousa en 1680 le prince Conti et effectivement, il ne se passa point lontems avant que la princesse n'en fist qu'à sa teste. Ses débordements s'aggravèrent après la mort de son espoux en 1685, date à laquelle Marie-Anne décida de faire tout ce qu'elle vouloit. Elle refusa d'ailleurs de se remarier afin d'avoir plus de liberté.

Le comte de Vermandois n'a jamais compté pour sa mère qui le pleura très peu à sa mort disant n'avoir pas encore assez pleuré sa naissance! Sa Majesté ne s'est jamais beaucoup preoccupée de ce fils. C'est la seconde Madame qui prit cet enfant sous sa protection, je ne sçaurois vous dire pourquoi car il est vray qu'elle a en honneur les illegitimes. Peut estre qu'elle fut emue par la triste solitude du petit comte. Madame l'emmena parfois voir la duchesse sa mère mais il paroist que Louise n'a jamais monstré la moindre tendresse devant les visites de son fils.

Livré à lui mesme, le comte se lia avec le chevalier de Lorraine, favori de Monsieur qui initia le jeune prince au «vice-italien». Si Sa Majesté a toléré ce débordement de la part de son frère, il ne le put pour son fils qu'il chassa de la cour. Il fallut l'intervention de Madame pour que le Roy acceptast de pardonner au comte de Vermandois. La reconciliation ne put avoir lieu car Louis de Bourbon mourut en novembre 1683.

J'espère avoir respondu à vos questions.

Françoise de Rochechouart de Mortemart,
Marquise de Montespan