| | | Très chère Marquise,
J’espère que votre santé est à de nouveau bonne,
malgré le froid de ces derniers temps.
Aujourd’hui, j’aimerais que vous
me parliez, si vous le voulez bien, de la reine Marie-Thérèse. Je sais que vous
étiez sa dame d’honneur. Quels étaient exactement vos devoirs et obligations
envers elle? Et quels étaient vos liens avec elle?
Je voudrais également
savoir comment la reine vivait la relation que vous entreteniez avec son époux,
et comment vivait-elle le fait que vous donniez des enfants au roi?
Cette
pauvre reine a dû beaucoup souffrir de la mort de ses enfants? Pouvez-vous m’en
dire davantage? S’en remettait-elle malgré tout?
Connaissait-elle vos
enfants et les appréciait-elle quand même?
Vous étiez en quelque sorte
considérée comme la reine de Versailles si je ne me trompe pas. Marie-Thérèse
d’Espagne en était-elle jalouse? Auriez-vous aimé vraiment être reine?
Pourquoi?
Je vous remercie de bien vouloir encore une fois répondre à mes
questions. Je vous informe aussi que, pour la première fois, je vais écrire à
Louis XIV car il est enfin revenu sur Dialogus. J’espère vraiment lui faire
bonne impression. Je suis néanmoins sûre qu’il ne sera jamais aussi gentil avec
moi que vous pouvez l’être. Je vous en remercie d’ailleurs.
À
bientôt,
Kristina
Bien chère Kristina,
N’ayez crainte pour ma santé, je me porte bien pour le
moment. J’ay desja esvoqué ma charge de dame d’honneur récemment dans une lettre
intitulée «Vostre role de dame d’honneur». Je vous engage à la lire.
Je
pense que la Reyne Marie-Thérèse vescu mieux ma liaison avec le Roy que celle
qu’il avoit eu avec la duchesse de La Vallière. Louise estoit la première
favorite de Sa Majesté, ce qui blessa profondément la Reyne qui pensoit, un peu
trop naïvement, que les Roys aiment forcément les Reynes!
Je pense
qu’elle se résigna par la suite à voir le Roy prendre des maîtresses. La Reyne
ne fut point la seule à devoir supporter cette situation car Louis ne se genoit
pas pour courtiser d’autres dames de la cour avec lesquelles il avoit de brèves
liaisons alors que j’estois la favorite officielle.
J’ignore comment la
Reyne prit les nouvelles de mes grossesses et de la naissance de mes enfans.
Néanmoins, elle ne fit jamais preuve d’une quelconque méchanceté à leur esgard.
Elle se soucia mesme d’eux par moment comme en 1675, année où mon petit comte de
Vexin se trouvoit fort mal. La Reyne vint prendre de ses nouvelles, ce qui me
toucha. Je fus moy aussy présente lors de la maladie de sa fille, la petite
Madame, qui décéda en 1672 à l’asge de 5 ans. Nostre souveraine donna au Roy six
enfans dont seul l’aisné, le Grand Dauphin, a dépassé le stade de la petite
enfance. La mort de ses enfans resta tousjours une rude espreuve pour la Reyne
et son affection pour le dauphin ne fit qu’augmenter. Marie-Thérèse acceptoit la
disparition de ses enfans avec courage et résignation.
Estre la maîtresse
du Roy n’implique point les mesme obligations qu’estre Reyne de France. Mais il
est vray que je pouvois paraitre avoir ce statut estant donné le manque de gout
de Marie-Thérèse pour cette tâche. La Reyne restoit confinée dans ses
appartements et n’apprécioit pas les contraintes de sa fonction de souveraine.
Il sembloit qu’elle ne vouloit bien estre que l’espouse du Roy et la mère de
l’héritier du trône, rien de plus. Je n’enviais pas sa place et je n’ay jamais
nourri la folle illusion de devenir Reyne à l’inverse de Marie Mancini, amour de
jeunesse de Sa Majesté.
C’est tousjours un plaisir de vous respondre.
Prenez soin de vous,
Athénaïs
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