| | | Chère Marquise,
J'ai lu dans «Les femmes du Roi-soleil»
que vous étiez charmante, mais que vous ne supportiez pas de trop
éclatantes rivales et que, quand sa majesté se prit d'une passion pour une
jeune fille de dix-huit ans, Françoise de Roussille, vous avez
organisé des messes noires, afin de récupérer les faveurs de sa Majesté, et,
dans le film «L'affaire des poisons», vous faites préparer un breuvage mortel
dans un jus de fruit que la Marquise de Fontanges boit et s'effondre. Avez-vous
véritablement fait empoisonner Mademoiselle de Fontanges?
Merci de me
répondre, chère Athénaïs,
Une de vos plus ferventes admiratrices
Chère Isabelle,
Ce seroit mentir que de vous dire que je ne fus point jalouse de mes
rivales. Je fus néanmoins quelque peu surprise que Sa
Majesté soit aussi sensible au charme de Marie-Angélique
de Fontanges, car cette le jeune fille avoit certes une grande
beauté mais estoit dénuée d'intelligence. Peut
estre rappelloit-elle au roy son amour de jeunesse, la duchesse de
Vaujours. La passion de Sa Majesté estoit si grande pour
mademoiselle de Fontanges, qu'elle la fit duchesse. Hélas, la
jeune femme ne se remit vraiment jamais de ses couches et demeura dans
un état de grande faiblesse qui finit par la mener au tombeau.
Je me suys desja défendue dans ma correspondance
antérieure sur les accusations qui sont portées sur moy
dans l'Affaire des Poisons. Mais sachez que je n'ay point
cherché à faire empoisonner la duchesse de Fontanges. Ces
rumeurs sont colportées par des personnes peu scrupuleuses qui
ne cherchent qu'à me nuire.
Je vous donne le bonjour,
Françoise Athénaïs de Rochechouart de Mortemart
Marquise de Montespan |