Markus
écrit à

   


Marquise de Montespan

     
   

Êtes-vous une arriviste?

    Madame,

Dans les mémoires de Madame de Maintenon, elle fait référence à votre origine modeste. Il paraît que vous étiez financièrement dépourvue et que votre époux, Monsieur de Montespan, n'ayant pu subvenir à vos besoins, vous étiez obligée de mendier une charge à la Cour Royale en qualité de dame de compagnie de la reine Marie-Thérèse. Est-ce vrai?

Ce n'est pas que je veuille vous blâmer, mais je vous trouve trop dure avec la reine, ainsi qu'avec la Marquise de la Vallière. Vous vous comportez comme une parvenue, prête à tout pour gravir les échelons. Comment pouvez-vous rabaisser la reine Marie-Thérèse devant toute la cour? Et vous moquer du pied boiteux de la Vallière? Pour qui vous prenez-vous? N'est-ce pas là un acte d'arriviste? Peut-être croyez-vous que votre beauté (ou vos filtres d'amour) est éternelle?

Ne trouvez-vous pas que votre sort est un châtiment que vous méritez pour tout ce que vous avez fait: se faire remplacer par une femme plus âgée, moins belle que vous et de surcroît dévote, tout ce qu'il faut pour anéantir le mal par le bien? N'est-ce pas là une vengeance de Dieu pour Françoise d'Aubigné, pour qui vous étiez odieuse, insupportable, capricieuse, et qui devait supporter votre haute et basse humeur? N'avez-vous pas humilié cette femme en public sur son origine modeste, et au sujet de son défunt époux, le poète Scarron.

Comment pouviez-vous exposer vos enfants comme des animaux de foire pour vous distraire en leur faisant boire du vin et du champagne pendant fêtes et bals alors même qu'ils étaient de faible constitution? N'avez-vous pas le cœur d'une mère? Ou bien, ces enfants ne représentaient-ils rien pour vous, juste assez pour votre ambition personnelle? Et je ne parle pas de vos messes noires et de vos philtres d'amour afin de garder l'amour du roi. Croyez-vous que c'est grâce à ces philtres que vous avez pu garder le roi aussi longtemps (dix-huit ans) à vos côtés? N'avait-il pas sorti cette phrase devant tous les courtisans pour vous éloigner de lui: «Madame, je ne supporte plus votre parfum qui me rend un terrible mal de tête; je ne veux plus que vous preniez le même carrosse que moi...».

Quant à la reine, elle était très contente en compagnie de Françoise d'Aubigné, c'est grâce à cette dernière que la pauvre Marie-Thèrèse a pu retrouver un peu d'amour de son époux avant de rendre l'âme. Que vous êtes méchante! Non contente de voler son mari, vous lui faisiez subir vos railleries! Quelle méchante femme vous êtes!

Vous étiez comme un serpent dans le jardin d'Eden et personne ne vous a apparemment regrettée après votre disgrâce. Pire que le bûcher pour une sorcière de votre condition, votre sort est de mourir dans l'oubli.

Une chose que je ne comprendrai jamais: comment la Marquise de la Vallière a-t-elle fait pour vous pardonner? Comment osez-vous lui rendre visite au couvent après votre disgrâce, vous qui étiez une plaie pour cette femme qui souffrait maintes railleries sans dire un mot et qui ne pouvait pas partir de la Cour mais devait y demeurer un certain temps pour voir votre gloire et vos moqueries à son encontre.

Vraiment je vous plains, Madame, j'espère que le paradis ne sera jamais ouvert à un cœur aussi noir!

Adieu Madame!

Markus

Madame,
 
Vostre lettre est des plus deplacées et arrogantes! La vraie question serait plutost pour qui vous vous prenez et qui vous estes pour juger ainsy? Il me semble que vous portez plus de crédits dans les rumeurs et dans les médisances que dans la vérité! Avant de me sermonner, renseignez-vous egalement sur les personnes que vous evoquez! Mademoiselle de la Vallière ne fut point marquise mais duchesse, et je n'ay point gardé le coeur du Roy dix-huit ans mais douze! Je ne fus point dame de compagnie mais dame d'honneur de la Reyne aprés avoir esté demoiselle d'honneur de la duchesse d'Orléans. Je dois ces places à la cour à ma naissance noble! Vous devez confondre avec Madame de Maintenon qui, elle, est de modeste naissance!
 
Quant aux accusations en tout genre, je n'y respondray point, cela est pure provocation de vostre part je l'ay bien compris! Encore quelques jalousies sans doute!
 
Je ne vous salue pas et ne vous respondray plus
 
Françoise de Rochechouart de Mortemart

Marquise de Montespan