Samantha
écrit à

   


Marquise de Montespan

     
   

Bonjour Madame!

    Bonjour madame!

Comment allez-vous? Et comment vont vos enfants?

J'aurais une question à propos du duc du Maine. Il ne semble pas vous apprécier, pourtant vous êtes sa mère! Est-ce exact que c'est madame de Maintenon qui l'a monté contre vous? Si elle a fait ça, elle est impardonnable! Qui a le droit de monter un enfant contre sa mère? Cela fait-il partie de vos griefs contre elle?

Une autre question: de quoi sont morts mademoiselle de Tours et le comte de Vexin? J'espère que cela ne vous rappelle pas de mauvais souvenirs; si c'est le cas, je m'en excuse.

En vous remerciant d'avance,

Samantha

Madame,
 
Comme je l'ai desja escrit dans plusieurs missives, le duc du Maine a tousjours esté très proche de sa gouvernante, madame de Maintenon. Celle-cy s'est occupée de luy depuis sa naissance et durant les premières années de sa vie; je n'ay pas souvent vu mon fils qui devoit resté caché pour sa sécurité. Il avoit presque quatre ans lorsqu'il vint s'installer ausprès de moy à la cour. Souffrant d'une difformité physique, il fit fréquemment des cures accompagné de sa gouvernante. Tout cela tissa des liens très forts entre Louis-Auguste et Françoise. Celle-cy vit sans doute en luy le fils qu'elle n'avoit jamais eu. Quant à moy, vous devez sçavoir que ma place ausprès du roy ne me permettoit point de voir mes enfans aussy souvent que je l'aurois voulu. Mon fils aisné s'est naturellement attaché à madame de Maintenon et marqua très vite sa préférence pour elle. Que pouvais-je y faire? Il estoit son préféré et Françoise négligea un peu son frère et ses soeurs qui ne portèrent point leur gouvernante dans leur coeur. Cependant, voir que madame de Maintenon méloit mon fils à ses intrigues me causa bien de la peine. En 1691, Françoise décida Sa Majesté à me demander de me retirer de la cour. Redoutant de m'annoncer la chose elle-mesme, Françoise envoya le duc du Maine me signifier mon despart. Malgré tous les soins qu'elle a prodigués à Louis-Auguste, madame de Maintenon n'a jamais rien fait pour que je me rapproche de mon fils lorsqu'il fut installé à la cour. Tout ce que je faisois  ne servoit jamais mon fils selon elle. Je me demande encore quelle expérience maternelle elle pouvoit bien avoir. Certes, elle avoit desja pris soin des enfants de madame d'Heudicourt et des bastards de son frère mais elle n'a jamais estée mère. Pour ma part, j'avois desja eu deux enfans de mon espoux qui se portoient fort bien.
 
Ma petite Louise-Anne, décédée en septembre 1681, mourut probablement d'une maladie infantile sans avoir atteint son sixième anniversaire. Son décès me causa un profond chagrin. Avec elle, j'eus l'impression de perdre mon premier enfant. Vous n'estes pas sans sçavoir que j'avois desja perdu mon premier bastard en 1672 et ma fille légitime en 1675; cependant j'avois peu connu ces enfans, le premier estant resté caché toute sa vie, la seconde parce mon espoux et moy l'avions envoyé chez sa grand-mère paternelle lorsqu'elle avoit trois ans. Le cas de mademoiselle de Tours estoit différent puisqu'elle avoit vécu ausprès de moy.
 
En janvier 1683, je perdois mon fils, le comte de Vexin. Dès sa naissance, cet enfant nous avoit donné des inquiétudes à cause d'une malformation du dos. Il estoit esgalement très délicat, d'une santé fragile. Dés l'année 1675 son état s'estoit dégradé et l'on avoit craint qu'il ne meure. Durant les dernières années de sa vie, il ne quittoit plus son lit et vivoit dans l'obscurité. Bien que je sçavois qu'il y avoit peu de chance pour que Louis-César vive longtems, son trépas fut un moment très douloureux. Je fus bien heureuse que la mort épargne ses frères et soeurs. Perdre un enfant est une espreuve terrible pour une mère. 
 
Bien à vous,

Athénaïs de Montespan