Retour en page d'accueil de Dialogus

Maxence
écrit à

Molière


Votre fan


   

A Saint-Étienne, le 17/11/2011


Cher Jean-Baptiste,


D'après vos prestations théˆtrales, je me permets de vous écrire avec l'amitié la plus sincère. Je suis très intéressé par votre style d'écriture et je voudrais avoir de plus amples informations sur votre technique de travail.

Mais j'ai aussi un autre sentiment qui me perturbe, qui est l'amour. Votre servante a changé le cours de mes pensées et je voudrais la rejoindre pour apprendre à la connaître. Derechef votre accord reçu, je me hâterai pour vous rejoindre tous deux. J'espère, monsieur, que vous m'apprendrez certaines de vos techniques afin de rencontrer ma dulcinée.

En espérant ne point vous avoir dérangé par mes préoccupations, je vous fais part de mes sentiments les plus sincères.


Je vous dis à bientôt, je l'espère, monsieur Poquelin!

Maxence


Monsieur,

Que d'honneur vous me faites de me traiter ainsi! Je ne suis pas homme à reculer lorsque l'on m'attaque d'amitié, et je suis disposé à répondre à vos questions, si j'ai l'honneur de vous être utile.

Pour ma «technique de travail», ma foi, je ne saurais trop qu'en dire: en effet, je ne suis point trop exact sur ce genre de choses; il est des pièces que j'écrivis en quinze jours et d'autres en plusieurs années. Il existe certes une infinité de règles que les savants ont édictées pour la composition du théâtre, mais je ne me sers guère que de celles qui me viennent naturellement.

Pour le reste de votre lettre, monsieur, vous me faites bien de l'honneur de me prendre pour confident. Je vous avoue cependant que je suis confus quand vous me parlez de ma servante: voulez-vous parler de ma cuisinière, madame Laforest, ou bien de Catherine, qui me sert à Auteuil? Parbleu, je ne crois pas être malotru en vous disant que je croyais qu'elles avaient passé l'âge d'inspirer de l'amour. N'est-ce point plutôt des servantes de ma comédie dont vous voulez parler? En ce cas, je suis au désespoir de vous avouer que toutes celles-ci sont des fictions, des fantômes de mon imagination.

Il est vrai que je fis monter sur scène une servante, mademoiselle Marotte, pour jouer les rôles des domestiques, mais elle est à présent mariée avec un acteur de ma troupe, monsieur La Grange. Je tremble qu'il ne vous vienne à l'idée, monsieur, de vous battre en duel avec lui pour obtenir sa femme, comme on fait dans les comédies espagnoles, et que vous me le tuiez, car je serais fort fâché de perdre un de mes meilleurs comédiens!

Mais je plaisante avec vous, qui vous montrez sincère avec moi. Je vous prie donc de me pardonner, et de recevoir, pour excuse, ce petit quatrain que je viens de composer, et que vous pourrez, s'il vous plaît, réciter à l'oreille de quelque belle :

«Souffrez qu'Amour cette nuit vous réveille;
Par mes soupirs laissez-vous enflammer;
Vous dormez trop, adorable merveille,
Car c'est dormir que de ne point aimer.»


Votre serviteur,

J.-B. P. de Molière

************************Fin de page************************