| |
|
Mes salutations!
Pourquoi avez-vous choisi le théâtre?
Monsieur,
C'est à raison que vous dites que j'ai «choisi» la
comédie, puisque telle n'était point la tradition de ma
famille. Mon père, marchand-tapissier, avait acquis la charge de
tapissier du Roi et espérait bien que son fils aîné
(votre serviteur) lui succéderait dans cet office. Mais mon
grand-père maternel, Monsieur Créssé, qui m'aimait
fort, avait de la passion pour la comédie et m'emmenait bien
souvent au théâtre de l'Hôtel de Bourgogne qui
était le plus réputé de l'époque.
Cette habitude si fréquente finit par fâcher mon
père qui lui demanda un jour avec un peu d'indignation s'il
avait envie que je devinsse un comédien. Mon grand-père
lui répliqua alors: «Plût au ciel qu'il fût
aussi bon comédien que Bellerose!» (c'était un
fameux acteur de ce temps-là). C'est alors que naquit en moi, je
crois, l'idée de devenir comédien.
Puis, quand vint l'âge d'homme, je me liai avec des voisins de
notre quartier, les Béjart, avec qui nous jouions de petites
pièces entre nous pour nous divertir. La troupe venant à
acquérir quelque réputation, je décidai de tourner
le dos à la carrière qui m'était destinée
et, contre l'avis de ma famille, je me consacrai au jeu du
théâtre.
Voici, Monsieur ce qu'on peut dire sur ma vocation de comédien.
Votre Serviteur,
J.-B. P. de Molière
|