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Lissa, Holly et Tom
écrit à

Molière


«Tartuffe»


   

Salut Molière!

Nous sommes lycéens à Thetford Grammar School en Angleterre. Nous sommes allés à Cambridge pour voir «Tartuffe» la semaine dernière. C'était modernisé pour les gens du XXIe siècle et aussi c'était traduit en anglais. Nous avons pu comprendre l'humour, aussi nous avons trouvé la pièce drôle!

Est-ce que vous avez connu une personne qui ressemblait à Tartuffe? Qu'est-ce vous pensez de la traduction en anglais de la pièce?

Nous espérons que vous allez bien!

Au revoir et merci!


Mesdemoiselles, Monsieur,

Me voilà bien étonné de recevoir des lettres depuis l'Angleterre! J'ignorais que mon nom et mes pièces y étaient connus au XXIe siècle. Il est vrai que j'ai entendu dire qu'un certain Edward Ravenscroft avait, en mon temps, traduit quelques-unes de mes pièces en langage anglais. Il paraît que cela était fort bien.

Je suis fort heureux que vous m'interrogiez sur «Tartuffe», car il s'agit d'une pièce pour laquelle j'ai dû me battre bien longuement avant qu'elle ne soit représentée. On me demande bien souvent si mon «Tartuffe» est la satire d'une personne précise: certains me demandent si j'ai voulu y attaquer les jésuites, tandis que d'autres me disent qu'ils croient que je raille les jansénistes. Quoiqu'en principe, je ne fasse qu'une satire générale et que je ne prenne pas pour cible une personne précise, je dois avouer que j'avais bel et bien à l'esprit quelqu'un quand j'écrivis le personnage de Tartuffe.

Je pense que je ne prends point de risque à le révéler à présent, puisque j'écris à des gens du XXIe siècle: je me suis inspiré de l'abbé Gabriel de Roquette, à présent évêque d'Autun. Cet homme, en effet, prétendait la dévotion la plus exacte alors qu'il est bien connu qu'il était fort mondain, et du reste, prêt à toutes les bassesses pour obtenir ce qu'il voulait. J'eus l'occasion de le croiser lorsque notre troupe joua en Languedoc pour le prince de Conti: en effet, à l'époque, ce dévot était le grand vicaire de ce prince.

Quand le roi me commanda de faire une pièce où l'on se moquerait de la fausse dévotion, j'essayai de donner à mon personnage des traits piquants que j'avais pu observer chez l'abbé Roquette. Monsieur Guilleragues et monsieur l'abbé de Cosnac, que j'avais également connus en Languedoc, vinrent à l'aide de ma mémoire en m'apportant de nombreux détails amusants sur monsieur Roquette, qu'ils avaient bien connu.

Pour ce qui est de la traduction anglaise de la pièce, je vous avouerai que je serais bien en peine de vous donner quelque avis sur celle-ci, ne sachant absolument pas la langue anglaise. J'en ai d'autant plus honte que je vois que vous m'écrivez dans un français parfait! N'étant pas appliqué à l'étude des langues, je ne parle que l'italien et un peu d'espagnol.

En sorte, Mesdemoiselles, Monsieur, que je ne saurai vous dire que ces trois mots-ci:

Your Humble Servant,

J-B P. de Molière

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