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Hélène et Laurie
écrit à

Molière


Questions sur votre vocation


   

Projet de classe de quatrième

Bonjour,

Nous sommes deux élèves de quatrième, au collège Saint Bruno à Entre Deux Guiers. Nous aimerions vous poser quelques questions au sujet de votre vocation et de sa découverte.

Nous avons choisi de vous écrire, car nous avons beaucoup aimé votre pièce intitulée «L'avare» et donc nous voulons avoir des éclaircissements sur vous. Nous avons également apprécié «Le malade imaginaire».

Quand vous étiez petit, aviez-vous déjà cette passion pour la scène? Et était-elle partagée par votre entourage? A quel âge êtes-vous monté pour la première fois sur scène et quelles furent vos impressions? Quelle est votre pièce préférée? Et pourquoi?

Nous attendons votre réponse avec impatience et espérons qu'elle nous éclairera sur votre vocation!


Cordialement,

Laurie et Hélène


Mesdemoiselles,

J'ai bien des grâces à vous rendre sur tous ces bons compliments que vous me faites sur «L'Avare» et «Le malade imaginaire». Je vous prie donc de disposer de moi pour toutes les questions que vous voudrez bien me poser.

Je vous dirai que ma passion pour le théâtre me vint en effet lorsque j'étais encore enfant: quand j'avais dix ou onze ans, mon grand-père, monsieur Cressé, qui m'aimait fort, m’emmenait avec lui au théâtre de l'Hôtel de Bourgogne, pour voir les grands comédiens ce temps-là. Cela fit une si forte impression sur mes esprits que, rentré chez moi, je m'amusais à les imiter, en déclamant les vers que j'avais entendus et qui m'étaient restés en mémoire. Mon père, quand il s'en rendit compte, ne vit pas cela d'un fort bon œil, et, voyant que cela amusait mon grand-père, il lui demanda avec un peu d'indignation s'il avait envie que je devinsse un comédien. Mon grand-père lui répliqua alors: «Plût au ciel qu'il fût aussi bon comédien que Bellerose!» (Bellerose était un fameux acteur de ce temps-là).

Quoique mon père fit ce qu'il put pour me détourner de ma passion, celle-ci ne cessa de croître avec moi: ce fut à l'âge de vingt-et-un ans, ayant achevé mes études, que je me liai avec la famille Béjart, dont la troupe avait quelque réputation dans le quartier, et que je montai sur scène avec eux: je trouvai là la confirmation que c'était bien le métier auquel le Ciel m'avait destiné et que je ne voudrais point en faire d'autre de ma vie entière.

Quant à ma pièce préférée, j'en ai tant qu'il m'est difficile de vous donner une simple réponse: je vous dirai que je révegrave;re, comme tous les gens de goût de ce siècle, le génie de monsieur Corneille. Je crois que sa comédie «Le menteur» est une des pièces les plus fines qui se soient faites dans le genre comique.


Votre respectueux serviteur,

J.-B. P. de Molière

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