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Projet du lycée Carriat
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Molière


Projet du lycée Carriat


   

- Projet lycée Carriat 1

Bonjour,

Nous sommes Maxence et Anthony, des élèves du lycée Carriat. Nous y sommes en Seconde générale et nous vous écrivons cette lettre dans le cadre d’un cours de français. Nous y avons étudié «L’École des femmes» et nous nous demandons si cette situation du mariage est fréquente à votre époque et s’il y est normal, sans choquer, qu’Arnolphe et Agnès se marient.

Nous vous remercions humblement de votre réponse prochaine,

Maxence et Anthony


- Projet lycée Carriat 2

Cher Molière,

Nous sommes actuellement en classe de Seconde 6 au lycée Joseph-Marie Carriat. Nous vous écrivons depuis le cours de français dans le cadre du théâtre, où nous étudions «L’École des femmes».

Nous apprécions votre travail, qui est d’une grande qualité. Vous êtes un artiste reconnu et vos pièces sont toujours les plus jouées à notre époque. Nous avons eu la chance de voir trois représentations de l’Acte II, Scène 5 de «L’École des femmes» et, selon la mise en scène choisie, il est possible d'éprouver des sentiments différents et donc d’interpréter différemment le texte. En l’étudiant, nous avons remarqué que cette œuvre était comique mais aussi tragique, est-ce que vous vouliez la rendre tragique? Combien de temps mettez-vous pour écrire une pièce de théâtre? Pour finir, pourquoi avez-vous choisi de faire du théâtre comique et non pas du théâtre tragique?

Dans l’espérance d’obtenir une réponse, nous vous prions d’agréer, Molière, nos salutations les plus distinguées,

Damian et Alexandre


- Projet lycée Carriat 3

Cher Jean-Baptiste Poquelin,

Nous vous écrivons en tant qu’élèves de Seconde générale au lycée Carriat à Bourg-en-Bresse car nous avons étudié une de vos œuvres. Ce n’est ni plus ni moins que «L’École des femmes».

Nous voudrions vous poser quelques questions. Tout d’abord, nous voudrions savoir si les personnages de vos œuvres existent vraiment dans la vraie vie, si vous vous êtes inspiré de différentes situations que vous avez vécues pour écrire cette pièce. Ensuite nous serions curieux de savoir si, à l’époque où vous avez publié votre œuvre, elle a eu à faire face à beaucoup de critiques. Comment a-t-elle été «accueillie» dans le monde du théâtre? Sachez qu’à notre époque, au XXIe siècle, votre pièce est toujours actuelle. Comme pour nous, elle est très souvent choisie par les enseignants pour l’étude du théâtre en français. Pour conclure, cette pièce amuse beaucoup sans oublier d’instruire.

Pour finir, nous vous remercions d’avance de nous avoir accordé un peu de votre temps pour la lecture de notre lettre.

Ludovic et Thomas


- Projet lycée Carriat 4

Cher Molière,

Nous vous écrivons cette lettre pour parler de «L’École des femmes» car nous l’étudions en classe de Seconde au lycée Carriat.

Nous aimerions savoir si, en l’écrivant, vous auriez raconté un certain moment de votre vie qui vous aurait marqué. Par exemple, vous critiquez Arnolphe qui souhaite épouser Agnès alors que vous-même avez épousé une femme beaucoup plus jeune que vous, alors pourquoi le critiquer? L’étude de cette œuvre nous a beaucoup plu, surtout la mise en scène de votre pièce.

Dans l’espérance d’avoir le privilège de recevoir une réponse, nous vous remercions d’avance,

Mathis et Adrien


- Projet lycée Carriat 5

Bonjour Jean-Baptiste Poquelin,

Dans le cadre du projet théâtre de la Seconde 6 du lycée Carriat sur le thème de «L’École des femmes», nous vous écrivons pour approfondir notre étude sur votre pièce.

Nous avons une, voire deux questions à vous poser. Tout d’abord, comment avez-vous eu l’idée d’écrire «L’École des femmes»? Car, bien que le sujet soit intéressant, il fallait avoir l’idée de l’écrire! Puis, ensuite, sur les personnages: ils ont tous un caractère bien particulier, comme Chrysalde par exemple. Vous êtes-vous calqué sur quelqu’un de votre entourage ou bien est-ce un personnage inventé de toute pièce? L’histoire de la scène est-elle fausse ou a-t-elle été vécue par vous ou votre entourage?

Nous vous posons ces questions parce que nous sommes particulièrement curieux et aussi que nous avons vraiment envie de nous renseigner sur votre vie et votre histoire.

Alexandre et Dorian


- Projet lycée Carriat 6


Cher monsieur Poquelin,

Nous sommes dans une classe de Seconde au lycée Joseph-Marie Carriat. Nous étudions une de vos œuvres, «L’École des femmes», dans le cadre d’un cours de français. Cette œuvre nous a beaucoup plu, c’est pourquoi nous vous écrivons afin de vous demander comment vous avez trouvé l'inspiration pour l'écrire. Nous voudrions surtout savoir si le fait de critiquer beaucoup de préjugés dans cette pièce, et même dans plusieurs autres pièces, vous a apporté des problèmes et si votre popularité en a subi des conséquences.

Pour finir, nous vous dirons simplement que votre œuvre nous a beaucoup plu et inspiré. Nous espérons que vous répondrez au plus vite à nos questions. Merci.

Dylan et Céline


- Projet lycée Carriat 7

Bonjour,

Nous sommes des élèves de Seconde générale au lycée Joseph-Marie Carriat et, dans le cadre du projet théâtre, nous devons vous rédiger une lettre.

Nous avons étudié «L’École des femmes» durant la séquence qui s’appelait «La comédie au XVIIe siècle». Nous avons abordé le théâtre de votre époque, ainsi que plusieurs représentations de cette pièce. Nous avons étudié le sujet de l’éducation durant votre siècle. À quel âge avez-vous commencé à écrire vos pièces de théâtre? Dans la dernière scène de «L’École des femmes», le mariage était arrangé mais c’était aussi un mariage d’amour, donc êtes-vous pour ou contre les mariages arrangés?

Nous attendons vos réponses, merci à vous,

Noémie et Matthews


- Projet lycée Carriat 8

Bonjour,

Nous sommes actuellement en Seconde 6 au lycée Carriat et nous vous écrivons dans le cadre d’un projet scolaire. Nous avons étudié une de vos œuvres, «L’École des femmes», que nous avons trouvée très instructive. Nous avons surtout étudié le fait de «faire rire et réfléchir» dans les pièces comiques. Nous avons retrouvé le comique sous plusieurs formes, notamment avec Arnolphe, qui l’a illustré avec le comique de gestes, de mots, de situation et de caractère. Mais nous avons quelques questions à vous poser. Premièrement, écrivez-vous ces pièces pour l’argent ou pour le plaisir d’écrire? Deuxièmement, même si nous sommes d’accord avec vous, pourquoi critiquez-vous autant la société de votre époque?

Maxence et Anthony


- Projet lycée Carriat 9

Bonjour Molière,

Nous sommes actuellement en classe de Seconde 6 au lycée Joseph-Marie Carriat et nous vous écrivons dans le but de vous connaître un peu mieux. Nous avons étudié l'une de vos pièces de théâtre, «L’École des femmes», qui nous a particulièrement plu car elle nous a appris différentes choses qui se passaient au XVIIe siècle. Nous avons pu y constater qu’on pouvait mélanger le tragique et le comique. Afin de mieux connaître la vie au XVIIe siècle, nous vous demandons de répondre à quelques questions: est-ce que cette pièce reflète la vie de quelqu’un de votre entourage ou peut-être votre propre vie? Où avez-vous trouvé votre inspiration lorsque vous parlez de la jeune pupille Agnès?

Axel et Florian


- Projet lycée Carriat 10

Cher monsieur,

Nous vous écrivons dans le cadre d'un projet scolaire en classe de Seconde car nous avons étudié votre pièce de théâtre, «L’École des femmes». Lors de cette étude, nous avons analysé plusieurs scènes de ce livre et nous avons expliqué vos différents points de vue sur ce qu’il se passait à l’époque. Cette pièce de théâtre est plutôt comique avec quelques aspects tragiques, ce qui est un point de vue intéressant pour imaginer la vie à votre époque. Cette pièce nous apprend aussi que certaines situations, que vous citez, sont encore vraies aujourd’hui. Nous aimerions savoir comment vous pouvez écrire vos pièces en dénonçant des injustices sans pour cela déplaire au roi. Pourquoi avez-vous renoncé à une vie facile?

Cordialement,

Jordan et Aurélien


- Projet lycée Carriat 11

Cher Molière,

Nous sommes en Seconde au lycée Carriat. Nous vous écrivons dans le cadre d’un projet scolaire.

En cours, nous avons étudié votre œuvre «L’École des femmes». Dans cette comédie, nous avons repéré plusieurs passages «cultes» comme la scène 5 de l’acte II où vous avez imaginé un quiproquo entre Agnès et Arnolphe. Cette œuvre, qui a traversé plusieurs siècles, n’a pas perdu d’intérêt: il subsiste toujours ce problème entre hommes et femmes. Vous qui vivez depuis 1662, que pensez-vous de ce problème? Vous-même, vous avez épousé Armande Béjart, bien plus jeune que vous. Pourquoi avoir caricaturé Arnolphe?

Ainsi nous espérons, cher Molière, que vous prendrez connaissance de cette lettre et que vous y répondrez.

Cordialement,

Maximin et Florian


- Projet lycée Carriat 12

Bonjour,

Nous vous écrivons car nous sommes en classe de Seconde au lycée Carriat et que nous avons étudié votre œuvre «L’École des femmes» en cours avec notre professeur de français. Nous avons évoqué différents aspects: la comédie, la tragédie ou encore le but de cette pièce, l'opposition aux idées reçues sur la condition de la femme et au statut du mariage chrétien, par le biais du ridicule Arnolphe. Comment vous est venue l’idée d’écrire une pièce de théâtre contre les mariages arrangés?

Merci de prendre le temps de lire cette lettre,

Hugo


- Projet lycée Carriat 13

Cher Jean-Baptiste Poquelin,

Nous étudions actuellement une de vos œuvres en classe de Seconde au lycée Carriat à Bourg-en-Bresse. C’est dans ce contexte que nous vous écrivons. Nous avons analysé en cours «L’École des femmes» que vous avez publiée en 1662. Votre œuvre est plaisante, notamment de nombreuses scènes comiques. Nous souhaiterions vous poser une simple question: est-ce qu’Arnolphe ou Agnès ont des correspondances dans votre vie?

Nous vous remercions de vos œuvres que nous étudions et analysons avec joie, et, en attendant une réponse de votre part, veuillez agréer nos sincères salutations,

Baptiste et Alexandre


- Projet lycée Carriat 14

Cher monsieur,

Nous sommes actuellement en classe de Seconde 6 au Lycée Marie-Joseph Carriat et nous étudions en ce moment votre livre «L’École des femmes», publié en 1662. Durant notre étude, nous y avons découvert les différentes facettes de votre pièce. À partir de ce travail, nous voudrions vous donner notre avis sur votre œuvre. En effet, votre pièce nous a particulièrement plu car on peut y trouver un registre tragique mais aussi un côté comique. Ainsi, la naïveté d'Agnès peut apporter un côté comique selon nous. Enfin, le ridicule d'Arnolphe apporte une touche de tragique. Par rapport à cela, nous nous demandons pourquoi dans chacune de vos pièces, on trouve souvent une forme de pessimisme qui consiste à critiquer le caractère d'un personnage.

Pour conclure, les deux registres utilisés dans votre pièce nous ont beaucoup plu: cela donne de la vie au texte. La lecture de votre œuvre nous a donné envie de lire d'autres pièces de vous. Nous vous remercions de votre attention.

Baptiste et Jérémy


- Projet lycée Carriat 15

Cher Molière,

Nous sommes deux élèves de Seconde au Lycée Carriat à Bourg-en-Bresse. Nous vous écrivons dans le cadre de l’étude de l'une de vos comédies: «L’École des femmes». Ainsi, notre professeur nous a demandé de vous poser quelques questions sur votre œuvre. C'est après l'avoir lue que nous y avons identifié plusieurs idées. Entre autres, le contraste entre l'extrême jalousie d'Arnolphe et l'innocence d'Agnès. Ou encore l'arrivée d'Horace, qui va perturber les plans d'Arnolphe et donc épouser Agnès. Après réflexion, nous nous demandons si, comme à la manière de La Fontaine, à travers vos personnages, vous ne cherchez pas à dénoncer une ou plusieurs personnes de votre société. Et si c'est le cas, de qui s'agit-il?

Merci d'avance de votre réponse. Cordialement,

Ludovic et Salomé


Mesdemoiselles, Messieurs,


Chers Ludovic, Thomas, Noémie et Dorian
Maxence, Xavier, Axel et Florian
Alexandre, Céline, Mathis et Jordan
Baptiste, Adrien, Salomé et Dylan
Hugo, Jérémy, Aurélien et Maximin
Et tant d'autres prénoms dont je ne me souviens...

Lisant sur cette lettre tant de noms assemblés
Louant ma comédie, quitte à la disséquer
Je me sens, je l’avoue, point trop bien à ma place
Voyant que de mon temps, on n’étudiait en classe
Qu’Aristote et Platon, philosophes austères;
Voici que maintenant on étudie Molière!

Vous me pardonnerez, s’il vous plaît, ces mauvais vers; j’en aurais fait de meilleurs si j’en avais eu le loisir, mais le surcroît d’émotion que vos lettres me donnent me presse de prendre la plume pour vous présenter mille remerciements pour tous les compliments que vous me faites sur ma comédie de «L’École des femmes». Pour ces questions que vous daignez me poser, je tâcherai d’y répondre du mieux que je pourrai et vous prie d’avance de vouloir m’excuser si j’omettais quelque détail.

Cette pièce, donc, cette fameuse pièce, puisque pièce il y a, fut composée par votre serviteur durant l’automne 1662: j’avais alors quarante ans; cela faisant sept ans que j’écrivais pour le théâtre et près de vingt ans que je jouais sur scène.

Quand j’écrivis mes premières pièces, c’était par nécessité: il fallait soutenir ma troupe, en leur donnant des comédies nouvelles, qui pourraient nous assurer quelques succès: le moyen le plus sûr de subsister pour ma troupe était, en effet, de nous fournir nous-mêmes nos propres comédies.

Comme vous me demandez combien de temps je mets généralement à écrire mes pièces, je vous répondrais qu’il varie fort d’une pièce à l’autre: si c’est un sujet de grande ampleur que je me propose de traiter, comme mon «Misanthrope» ou mon «Tartuffe», je n’ai point peur de prendre mon temps pour donner au sujet tout l’achèvement que je pourrai lui apporter: c’est ainsi que ces pièces mirent trois ans à voir le jour. Mais bien souvent, les ordres du roi, qui voulait une comédie nouvelle pour une occasion particulière, m’obligèrent de travailler de façon tout à fait précipitée: pour lui, je conçus, rédigeai et fis répéter «Les fâcheux» en quinze jours et «L’Amour médecin» en cinq.

Je n’ai jamais voulu écrire de pièces polémiques; je ne crois pas d’ailleurs en écrire et suis le premier étonné quand l’une d’elle suscite le scandale. Il est vrai cependant que je ne résiste pas à mêler dans une pièce divertissante quelque beau sentiment ou quelque pensée sérieuse: mais il ne faut point du tout croire que je prenne les sujets de mes pièces chez les moralistes ou les philosophes. C’est pourquoi je ne crois point que ma pièce soit tragique. Les passages sérieux que l’on observe dans «L’École des femmes » ne sont, à bien y regarder, que le prolongement logique du caractère d’Arnolphe. Certains parmi le public se sont d’ailleurs étonnés que j’aie mis dans ce personnage ridicule quelques traits et sentiments qui ont paru sérieux, ce qui leur sembla détonner avec l’humeur comique de la pièce.

Cela vient sans doute du fait qu’ayant toujours admiré les grands tragédiens, la préférence de mes jeunes années allait vers les personnages tragiques. Mais toutefois, je dus bien me résoudre à constater que je ne disposais point des talents nécessaires à la tragédie. Je décidai donc de me livrer tout entier à la comédie, en essayant toutefois d’intégrer quelques-uns des beaux sentiments du tragique dans certaines de mes comédies. Cela étonna fort quelques-uns de mes spectateurs qui ne concevaient point qu’un personnage pût être tantôt comique, et tantôt pathétique. Et pourtant, n’est-ce point là comme nous sommes, nous autres hommes, et ne jouons-nous pas dans la vie un personnage tantôt comique et tantôt tragique?

J’ai cru deviner, à vous lire, que vous me voyez comme un auteur qui porterait un regard de censeur sur le monde qui l’entoure. Avec votre permission, je crois que c’est mal me comprendre de croire que je me fasse critique de la société: si je voulais l’être, je me ferais pamphlétaire ou moraliste. La satire que je m’autorise, parce qu’elle est fort théâtrale, n’est qu’une satire des caractères.

Ainsi, pour ce qui est de la question des mariages arrangés, sur laquelle vous m’interrogez, je vous dirais que ma pièce n’est point une dissertation pour savoir s’il faut être pour ou bien contre. Souvent les auteurs comiques de notre temps, ont, du reste, utilisé dans leurs comédies de semblables situations (où l’on représente des jeunes filles recherchées en mariage par des galants qui auraient plutôt l’âge d’être leur père ou grand-père), et ce, non point pour une intention morale, mais parce qu’elle fournit une situation fort propre à toute sorte de situations théâtrales. Si, à mon époque, de nombreux mariages sont arrangés (puisqu’il s’agit d’un moyen commode d’unir les ressources de deux familles), les familles s’arrangent en général pour marier deux jeunes gens qui se connaissent et ont quelque goût l’un pour l’autre. En effet, les gens de ce siècle ont toujours trouvé du plus grand ridicule quand ces mariages se font entre des personnages d’âge et de dispositions trop éloignés: on se moque du barbon qui épouse une jeune fille (à moins bien sûr, que cette jeune fille n’ait quelque appétence pour les barbes chenues, car tous les goûts, dit le proverbe, sont en la nature). C’est pourquoi, comme je vous l’ai dit, les spectateurs de mon temps trouvèrent quelque peu étrange que je fasse du personnage d’Arnolphe un objet de pitié en même temps que de rire. Pour mon public, les barbons qui épousent les jeunes filles ne sont bons qu’à être raillés et battus, comme le sont ceux de mes pièces «Le mariage forcé» et «Monsieur de Pourceaugnac».

Je crois encore lire que nombre de gens de votre docte assemblée m’interrogent sur les liens entre mes écrits et ma vie: il m’amuse toujours fort de constater que les gens cherchent dans mes ouvrages si ces fictions de théâtre ne prennent pas pour cible quelque personne réelle, ou quelque élément qui se soit réellement déroulé. Je dois dire que, à quelques exceptions près, je ne fais pas dans mes pièces de satire d’un homme ou d’un événement précis. Ainsi, je puis dire qu’il n’y a dans mon «École des Femmes» aucune satire d’une personne existante (à part une petite plaisanterie sur les frères Corneille, que j’ai déguisés sous les noms de «Gros-Pierre» et de «Monsieur de L’Isle» pour faire rire mes amis): ainsi, Arnolphe, Agnès et Chrysalde sont de purs fantômes issus de mon imagination. L’histoire de la pièce elle-même n’a rien que du fictif: je l’ai écrite en m’inspirant librement de ces nouvelles espagnoles qui traitent des jaloux qui maltraitent leurs femmes (plusieurs de ces nouvelles ont été traduites en notre langue par monsieur Scarron et monsieur D’Ouville). Quant à cette idée que j’ai voulu me peindre dans le rôle d’Arnolphe, je crois qu’il s’agit bien là d’une calomnie telle que se plaisent à en répandre les comédiens jaloux du succès de notre troupe: si j’ai conçu et joué le personnage d’Arnolphe, c’est simplement que j’ai pour habitude de me donner le rôle principal des pièces que j’écris. Or, comme j’avais déjà quarante ans quand j’écrivis cette pièce, je ne pouvais me donner un rôle de jouvenceau. Je crois qu’il ne faut donc point trop chercher à expliquer par ma vie privée ce qui s’explique fort bien par les règles du théâtre.

Quelques mots enfin, sur l’accueil que reçut ma pièce: quand elle fut représentée, à la fin de l’année 1662, elle connut un grand succès. Le public y vint en nombre, ce qui fit un tel bruit que le roi nous fit l’honneur d’inviter la troupe au Louvre pour y représenter la pièce deux fois en moins d’un mois. Un tel succès de manqua pas de susciter la controverse, attisée par la jalousie des troupes rivales: de tout côté, on vit surgir des ennemis déclarés de ma pièce, qui m’accusèrent d’attaquer la religion, sous prétexte que les maximes du mariage (à la seconde scène de l’acte trois), leur semblaient une parodie des Commandements de Dieu. Cette fureur embrasa les salons, où l’on décortiquait le texte afin de chercher sous des mots innocents toutes sortes d’obscénités auxquelles je n’avais jamais pensé. Les moindres écrivaillons, pensant se faire un nom à l’occasion de cette querelle, écrivirent sur ma comédie et sur moi des pièces injurieuses. Fort heureusement, la faveur du public me consola bientôt, de même que mon ami le grand Boileau, qui se moqua de mes ennemis en écrivant que «si je savais un peu moins plaire, je ne leur déplairais pas tant ».

Voilà, Mesdemoiselles, Messieurs, ce que je puis vous dire de «L’École des femmes».

J’espère ne point vous avoir importunés par une trop longue lecture: mes pièces ne sont faites que pour le divertissement, et je croirais être bien ridicule d’ennuyer le monde en entreprenant de faire une dissertation pédante sur un sujet qui, je crois, n’en mérite pas tant.


Votre respectueux serviteur,

J.-B. P. de Molière

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