Merci
       
       
         
         

arodgi@cybercable.fr

      Alceste
Oh, monsieur, prenez le un peu moins fort!
Nous ne sommes ici sûrement pas d'accord
Et, si vous voulez avoir raison, et moi tort
Monsieur, je vous laisse et fais volontiers le mort.
Rompons donc promptement ce pénible entretien
Car je ne pourrais retenir ce qui me tient
Plus longtemps encore et je crains d'être violent
Si je vous contais plus avant mes sentiments.

Tarsottin
Eh! Je vois à l'émoi que chez vous je provoque
Que mes mots vous heurtent, mes idées vous choquent
C'est un signe impie de cette triste époque
De voir qu'aujourd'hui de la morale on se moque,
Qu'on se plaise ainsi à défier les lois de Dieu.
Les licences que j'ai reçues d'hommes très pieux
Sont les vérités que nous commande le Ciel
Et elles seules nous mènent à l'Éternel.

Alceste
Dans tous vos discours et dans vos brillants éclats
Ce n'est que fatuité, qu'orgueil que ce qu'on voit.
Et pour vos diplômes dont vous faites tant cas
Il aurait mieux fallu que vous n'en eussiez pas.
Vous m'assommez par vos grandes certitudes,
Vous donnez des anciens une pauvre lecture
Car il n'est pas un mot dans toute leur étude
Qui ne vaille pour une vous affirmation sûre,
Et vous imposez à tous avec platitude
Les dogmes qui obligent à la servitude.
Ces pensées, brillantes pour des esprits prudes
Font de la vertu une sinistre attitude.
Vous couvrez d'interdits ceux qui contredisent
Votre choix inique d'hypocrite bêtise.
Et, Monsieur, votre colère par vos soins s'attise
À chaque envolée d'une âme imprécise
Cherchant à être heureuse hors de vos beaux livres,
Hors des versets inutiles de vos bibles,
À chaque sursaut d'espoir d'un coeur enfin libre
Avisant un bonheur un peu humain pour cible.
         
         

Molière

      C'est avec le plus grand plaisir que je reçois de vous ces vers: je m'étais trop accoutumé à lire les pamphlets haineux de mes contemporains. Or j'avoue ne savoir que répondre. Qu'est-ce que vous attendez de moi? Nonobstant la qualité de vos écrits, si vous en attendiez quelque critique vous me rendiez trop de grâce, car je ne saurais par où commencer. Pourtant, la franchise furieuse de cet Alceste et la piété assurée de votre Tarsottin méritent sans doute une admiration indéniable. Peut-être les verra-t-on sur la scène dans l'avenir prochain?

JBP de Molière

 

       

 

       

arodgi@cybercable.fr

      Auguste
Monsieur, je vous ai envoyé ces quelques vers,
Outrageants Vaugelas et toute sa grammaire,
Pour vous rendre à ma façon l'immense plaisir
Et la vraie joie que j'ai eu tantôt à vous lire.
Si ces vers ont pu vous arracher un sourire
Ou plus mélancoliquement vous attendrir,
J'en suis, Monsieur, très fier et loue votre bonté.
Je souhaitais très humblement vous rappeler
À vos colères d'antan, vos rêves volés,
À votre éreintant besoin de sincérité,
À l'amour si douloureusement torturé
Pour la droite franchise et l'honnêteté.
Le siècle aujourd'hui encore subit les lois
Du mensonge égoïste et de son apparat.
Si n'existent plus heureusement de nos jours
Les privilèges odieux du temps de la Cour,
Nous restons néanmoins, sous différents atours,
Les domestiques modernes des vieux faubourgs.
Nous buvons mieux, certes, mais sommes enfermés
Dans les mêmes contraintes de vie dévoyée
À satisfaire aux puissants, à leur oppression.
Il me vient à ce noir propos une question.
Pouvez-vous me dire, libéré de son poids,
Quel est votre sentiment profond sur le Roy.
Un tout autre sujet, tout aussi important,
Qu'en était-il de vous et de votre maman?
De cet aspect de vous je suis bien ignorant
Et je ne sais là dessus que ce que je sens.
J'espère ne pas vous avoir trop ennuyé
Je suis, Monsieur Molière, votre humble valet.

A.R

PS :
Ma pièce est très malheureusement arrêtée
À l'entrée du cinquième acte au dîner final:
Je n'ai pas de prince pour terminer en beauté
Une intrigue presque inexistante et bancale!
Il faudrait énormément d'opiniâtreté
Pour concevoir une adaptation théâtrale.
         
         

Molière

      Le poids d'un astre n'est senti que s'il vous tombe dessus, Monsieur, et il faut reconnaître que sans notre Roi, toute la franchise que vous admirez tant en mes vers n'aurait jamais atteint vos oreilles. Ce fut un prince ennemi de la fraude qui favorisait la raillerie honnête des dévots, des marquis sots, des hypocrites, des charlatans, des impies, en somme de tout le monde. Il dédaignait les cabales qui s'opposaient au théâtre et je me rejouis toujours de son règne.

Molière