Merci |
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| Alceste Oh, monsieur, prenez le un peu moins fort! Nous ne sommes ici sûrement pas d'accord Et, si vous voulez avoir raison, et moi tort Monsieur, je vous laisse et fais volontiers le mort. Rompons donc promptement ce pénible entretien Car je ne pourrais retenir ce qui me tient Plus longtemps encore et je crains d'être violent Si je vous contais plus avant mes sentiments. Tarsottin Eh! Je vois à l'émoi que chez vous je provoque Que mes mots vous heurtent, mes idées vous choquent C'est un signe impie de cette triste époque De voir qu'aujourd'hui de la morale on se moque, Qu'on se plaise ainsi à défier les lois de Dieu. Les licences que j'ai reçues d'hommes très pieux Sont les vérités que nous commande le Ciel Et elles seules nous mènent à l'Éternel. Alceste Dans tous vos discours et dans vos brillants éclats Ce n'est que fatuité, qu'orgueil que ce qu'on voit. Et pour vos diplômes dont vous faites tant cas Il aurait mieux fallu que vous n'en eussiez pas. Vous m'assommez par vos grandes certitudes, Vous donnez des anciens une pauvre lecture Car il n'est pas un mot dans toute leur étude Qui ne vaille pour une vous affirmation sûre, Et vous imposez à tous avec platitude Les dogmes qui obligent à la servitude. Ces pensées, brillantes pour des esprits prudes Font de la vertu une sinistre attitude. Vous couvrez d'interdits ceux qui contredisent Votre choix inique d'hypocrite bêtise. Et, Monsieur, votre colère par vos soins s'attise À chaque envolée d'une âme imprécise Cherchant à être heureuse hors de vos beaux livres, Hors des versets inutiles de vos bibles, À chaque sursaut d'espoir d'un coeur enfin libre Avisant un bonheur un peu humain pour cible. |
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| C'est avec le plus grand plaisir que
je reçois de vous ces vers: je m'étais trop accoutumé à
lire les pamphlets haineux de mes contemporains. Or j'avoue ne savoir que répondre.
Qu'est-ce que vous attendez de moi? Nonobstant la qualité de vos écrits,
si vous en attendiez quelque critique vous me rendiez trop de grâce, car je
ne saurais par où commencer. Pourtant, la franchise furieuse de cet Alceste
et la piété assurée de votre Tarsottin méritent sans
doute une admiration indéniable. Peut-être les verra-t-on sur la scène
dans l'avenir prochain? JBP de Molière |
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| Auguste Monsieur, je vous ai envoyé ces quelques vers, Outrageants Vaugelas et toute sa grammaire, Pour vous rendre à ma façon l'immense plaisir Et la vraie joie que j'ai eu tantôt à vous lire. Si ces vers ont pu vous arracher un sourire Ou plus mélancoliquement vous attendrir, J'en suis, Monsieur, très fier et loue votre bonté. Je souhaitais très humblement vous rappeler À vos colères d'antan, vos rêves volés, À votre éreintant besoin de sincérité, À l'amour si douloureusement torturé Pour la droite franchise et l'honnêteté. Le siècle aujourd'hui encore subit les lois Du mensonge égoïste et de son apparat. Si n'existent plus heureusement de nos jours Les privilèges odieux du temps de la Cour, Nous restons néanmoins, sous différents atours, Les domestiques modernes des vieux faubourgs. Nous buvons mieux, certes, mais sommes enfermés Dans les mêmes contraintes de vie dévoyée À satisfaire aux puissants, à leur oppression. Il me vient à ce noir propos une question. Pouvez-vous me dire, libéré de son poids, Quel est votre sentiment profond sur le Roy. Un tout autre sujet, tout aussi important, Qu'en était-il de vous et de votre maman? De cet aspect de vous je suis bien ignorant Et je ne sais là dessus que ce que je sens. J'espère ne pas vous avoir trop ennuyé Je suis, Monsieur Molière, votre humble valet. A.R PS : Ma pièce est très malheureusement arrêtée À l'entrée du cinquième acte au dîner final: Je n'ai pas de prince pour terminer en beauté Une intrigue presque inexistante et bancale! Il faudrait énormément d'opiniâtreté Pour concevoir une adaptation théâtrale. |
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| Le poids d'un astre n'est senti que
s'il vous tombe dessus, Monsieur, et il faut reconnaître que sans notre Roi,
toute la franchise que vous admirez tant en mes vers n'aurait jamais atteint vos
oreilles. Ce fut un prince ennemi de la fraude qui favorisait la raillerie honnête
des dévots, des marquis sots, des hypocrites, des charlatans, des impies,
en somme de tout le monde. Il dédaignait les cabales qui s'opposaient au théâtre
et je me rejouis toujours de son règne. Molière |