La bouffette d'Agnès |
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| Monsieur Molière, Cela me désole un peu que vous ayez oublié un tel souvenir d'il y a à peine trois siècles et demi. Auriez-vous la mémoire vaniteusement paresseuse? Mais passons... Je ne connais pas cette anecdote de la bouffette d'Agnès, racontez-moi! Hélène Bergeron |
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| Je vous prie, Madame, d'accepter mes
excuses, car après de si nombreuses années la mémoire nous quitte
tous, et je me demande bien si Mathusalem s'en souvenait dans son quatrième
âge de son enfance. Il est de plus à savoir qu'on prétend beaucoup
de choses à mon égard. Les Languedociens me parent de rubans noirs,
les Provençaux veulent que mon nom de théâtre provînt des
alentours d'Uzès, les Italiens qu'il émane du latin vulgaire; certains
me traitent de libertin impie, d'autres de Gassendiste ou encore de Cartésien.
Suis-je farceur grossier ou goujat méprisable, flagorneur ou esprit fort,
ou même poète? Il m'est plus possible aujourd'hui de contredire les
gens en regagnant les planches, donc je cède la place à la conjecture. Quant au ruban d'Agnès, je vous prie de regarder la Critique de L'école des femmes pour voir quel scandale cela provoqua. JBP de Molière |
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| Monsieur l'Éditeur, Avez-vous assez d'ascendant sur Monsieur Molière, pour qu'il me raconte ce qui s'est passé de scandaleux autour de la bouffette d'Agnès? À vrai dire, je n'ai aucun élan fougueux (n'en déplaise à Molière) pour aller me taper les critiques sur L'école des femmes. Merci pour l'attention que vous porterez à ma requête, Hélène Bergeron |
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| Mademoiselle Bergeron, J'ai demandé à Molière de commenter pour vous cette question de la «bouffette d'Agnès». Il me répond que cette histoire du ruban d'Agnès concerne une allusion... grivoise dans l'école des femmes (II,v). De mauvaises langues auraient prêté à Horace l'audace de «dépuceler» Agnès en l'absence d'Arnolphe. Pourtant il n'en est rien: il lui a simplement pris son ruban. La chose a fait scandale à l'époque, ce que l'on peut constater en lisant la Critique de L'école des femmes, jouée par la troupe de Molière l'année suivante. Bien à vous, S. Dumontais Éditeur |