Un mélange de cynisme et de romantisme |
||||
![]() |
||||
| M. Molière, On m'a décrit vos oeuvres comme un mélange déroutant du cynisme et du romantisme. Est-ce que vous pensez que cette formulation convient pour décrire vos pièces? Je fais une dissertation qui traite de cette idée, en se concentrant sur Le Misanthrope et Le Malade Imaginaire, et si vous avez des pensées sur ce sujet, je serais ravi si vous pouviez m'écrire. Je vous prie de bien vouloir, Monsieur, recevoir l'expression de mes sentiments distingués. L. Jones (Anglais) |
||||
|
|
||||
|
|
||||
| J'avoue, Monsieur, que ce sont là
deux termes que je ne connaissais point durant ma vie. Le cynisme, d'après
le grec, serait-il une forme d'austérité? Le sens qu'on donne à
ce mot, de vos jours, c'est un dédain du superflu, de l'ostentation, des bagatelles.
Or ne sont-ce pas les qualités que démontrent Alceste? Et n'est-il
pas ridicule en même temps? Le Misanthrope pourrait avoir pour sujet ce genre
de cynisme, or je ne vois où il est soutenu. Quant au romantisme, l'on m'a appris que cela se rapporte aux rêves, à la nature, à l'individu. J'ai produit quelques comédies dans le genre pastoral, mais les deux pièces dont vous parlez n'y figurent pas. Mes personnages sont sans doute rêveurs, mais discutons la qualité de leurs rêves: Argan souhaite un médecin pour gendre. Est-ce là votre romantisme? Longtemps après que j'eus quitté la scène, on prit ce terme romantique pour distinguer des auteurs classiques, et on me plaça parmi ces derniers. C'est une étrange entreprise, je trouve, que celle de me déplacer aujourd'hui. Molière |