C'est extraordinaire!
       
       
         
         

pocpoc@worldonline.fr

      Cher Monsieur de Molière (si la particule vous sied...)

Je suis fasciné par le succès encore exceptionnel que vous exercez sur les foules... Quel est donc le succès d'une telle longévité? N'êtes-vous pas frustré de votre échec en tant que tragédien et, de vous à moi, n'avez-vous pas fait la nique à votre public en lui fournissant des pièces terriblement tragiques sous couvert de drolatiques comédies (comme dans le Tartuffe)? D'autre part, je suis un peu déçu que vous ne soyez pas plus reconnaissant envers les Italiens et le Masque qui vous ont allègrement inspiré et dont vous vous êtes servi, je crois, dans vos fameuses Fourberies de Scapin...

À vous revoir cher collègue !

 

       

 

       

Molière

      Cher collègue (je présume que vous êtes du théâtre vous aussi),

Les Masques de la Commedia sont d'une richesse incomparable. Ils parviennent à tracer habilement les traits de personnages clownesques, leur attitude et leur démarche. Que ce soit par le nez de Pantalon, ou l'expression figée d'Arlequin, ils permettent à l'acteur d'orienter son exploration des personnages en le guidant grâce à la dite démarche et attitude. Je n'ai guère vanté l'utilisation qu'en ont fait les Italiens, car nous n'entretenions guère une relation des plus amicales. Avec le recul, j'admets que grâce à eux (en partie), j'ai pu créer de fabuleux personnages.

Suis-je fâché de mon échec en tant que tragédien? Non. Si ça n'avait été de cet échec, je n'aurais pas écrit la comédie. On m'a appris au début de ma carrière que, aussi talentueux puisse un acteur être, il ne sait pas jouer tant qu'il ne sait pas faire rire. La comédie dans mes pièces demande une rigueur, une précision et une énergie très particulières et sans elles toutes, l'effet désiré ne se produira pas. Je préfère cette rigueur aux pénibles sanglots des tragédies de Corneille.

Quant à ma longévité, qui suis-je pour en juger? Quand le jour viendra où le public cessera d'assister à mes pièces, je me retirerai dans ma chambre et j'écrirai pour moi, et pour moi seul, car ma plume est mon maître et je suis l'esclave de ma plume.

Sincèrement vôtre,

Molière