| Lettre d'acceptation de Molière à l'Éditeur |
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| À monsieur Sinclair Dumontais, éditeur. D'Auteuil, le Vingt-troisième de Novembre Mil six cent soixante et douze. Monsieur, J'ai reçu hier au soir votre lettre qui m'a paru fort extraordinaire: on n'est guère accoutumé, en ce pays-ci, à recevoir des nouvelles d'un autre siècle. Toutefois, je vois tant d'avantages à cette invention nouvelle que je ne puis résister à l'envie de converser avec ces gens d'un autre âge. Du reste, s'il en est de votre siècle comme du mien, nul doute que l'on doit trouver en tous lieux force matière à rire, et force ridicules à corriger: peut-être trouverai-je dans cette correspondance insolite quelque sujet inédit pour mes nouvelles comédies? Et puis, si, comme vous me le dites, mes petites pièces attirent encore en votre siècle du monde à vos théâtres, je profiterai de cette aubaine de pouvoir offrir au public les éclaircissements sur mes ouvrages qu'il voudra bien me demander: il est bon qu'un auteur se charge de cette tâche lui-même, de peur que quelqu'un d'autre ne le fasse à sa place. Je vous rends donc grâce pour vos bontés et l'amabilité avec laquelle vous me pressez de reprendre la plume: je n'aurai garde de vous désobéir puisque que je suis, Monsieur, Votre très obligé serviteur, J.-B. P. de Molière. |