Martina
écrit à

   


Meursault

     
   

Vous, Meursault

    Cher Meursault,

Je suis Allemande mais j'ai une question à laquelle je vous demande de me répondre: il me semble que vous êtes un homme de peu de sentiments. Est-ce que vous êtes vraiment comme ça? Froid et indifférent? «Étrange» et sans émotion (J'ai seulement lu L'Etranger jusqu'à la page 22)?

Meilleures salutations,

Martina

Mademoiselle Martina,

Vous faites référence au livre dans lequel monsieur Camus raconte la dernière partie de ma vie. Je parle de ma vie avant la prison. Monsieur Camus a raconté ce qu'il a bien voulu raconter, avec des mots qu'il a lui-même choisis. Ce n'est pas facile de raconter la vie de quelqu'un d'autre parce qu'on ne peut jamais savoir ce qu'il vit et ce qu'il pense vraiment. De l'extérieur, tout le monde peut nous paraître étrange. Salamano, par exemple. Tout le monde le trouve étrange. C'est parce qu'on ne peut pas savoir. On n'est pas à sa place.

Quand je pense à toutes les personnes qui ont lu ce livre, il m'arrive de trouver embêtant que monsieur Camus n'ait pas parlé plus longuement de mes «émotions». Je ne lui en veux pas: il ne pouvait pas les connaître. C'est tout de même embêtant car j'ai l'impression d'être devant une multitude de juges. Pourtant, un seul avait suffi à ce que je sois condamné.

Cordialement,

Meursault