Un monstre? |
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| Bonjour M. Meursault, Il y a des gens qui pensent que vous êtes un "monstre social". Comment pouvez-vous expliquer une telle accusation? D'où peut-elle venir? Et j'ai aussi une autre question: la vie n' a-t-elle pas de valeur, comme celle de l'Arabe? Merci pour votre réponse, Martine Huberty |
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| Mademoiselle Huberty, Vous avez raison: je suis semble-t-il un monstre social. Le juge me l'a dit dans un énoncé plus ou moins clair lorsqu'il a rendu le verdict du jury lors de mon procès. J'ai cru comprendre qu'entre le procureur de la couronne et mon avocat c'est le procureur de la couronne qui avait gagné. Et donc que j'étais un monstre. Mais j'ai cru comprendre autre chose aussi. Tout au long de l'enquête, et pendant la préparation du «dossier» par mon avocat, il a beaucoup été question de mes regrets. On n'a pas cessé de me demander de regretter d'avoir tué l'Arabe. Tout le monde aurait voulu que j'aie des remords. Je pense que ces remords, si je les avais eus, auraient changé quelque chose au procès. Je pense que si j'avais eu des remords on ne m'aurait pas qualifié de monstre comme vous dites. Mais la vérité c'est que je n'ai pas vraiment éprouvé de remords. Dire que j'en ai éprouvé aurait été mentir. Toute cette affaire m'a ennuyé, bien sûr, puisque je suis en prison plutôt qu'au bureau en train de travailler ou à la plage à prendre un bain de mer. Mais je ne peux pas dire que j'ai des remords parce que ce n'est pas vrai. La vie de cet Arabe avait certainement une valeur pour lui, oui. Mais aujourd'hui il est mort, comme Maman est morte et comme moi je mourrai un jour. La vie est comme ça. Un jour on meurt. Meursault |