Oudri
écrit à

Meursault
| Bonjour monsieur Meursault, Je m'intéresse beaucoup à votre temps en prison. J'admire votre idée de vous souvenir de votre chambre pour ne plus vous ennuyer. Mais je me demande comment on peut quand même presque oublier qu'on se trouve dans une prison. Comment peut-on faire ça? En plus, je ne comprends pas pourquoi Marie vous aime. Vous ne l'aimez pas et vous le lui avez dit. Avez-vous pensé à quelque chose dans cette situation-là? Si oui, à quoi? Et quand elle est venue vous rendre visite, à quoi avez-vous pensé? Avez-vous regretté, à ce moment-là, d'avoir tué un homme? Je vous prie d'agréer, monsieur, l'expression de mes sentiments distingués, Oudri Bonjour Oudri, Vivre dans une cellule ou vivre ailleurs n'est finalement pas très différent. Je m'en suis rapidement rendu compte. L'essentiel, c'est d'ajuster nos attentes, de saisir où sont les murs. Bien sûr, il m'arrive de regretter les bains de mer. Sauf qu'à partir du moment où l'on sait où sont les limites, on organise ses journées en fonction de cette démarcation. Au début c'est difficile, mais on s'y habitue très bien. Quand Marie est venue me visiter, j'ai rapidement compris que sa vie et la mienne n'auraient plus rien en commun. Qu'il ne servirait à rien, ni pour elle ni pour moi, de maintenir quelque lien que ce soit. C'eut été un mensonge. Cette situation n'avait rien à voir avec le fait que j'ai tué un Arabe. Meursault |