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Meursault

     
   

Scène du verdict

    Bonjour Meursault,

Quoique cela me paraisse bizarre de parler au personnage d'un livre, en même temps cela est plaisant, car ça nous emmène encore plus loin dans ce livre et, de plus, on a vraiment l'impression de vivre cette aventure en «live» si je puis dire.

Je vous écris car je suis au lycée, en seconde, et j'étudie en ce moment votre livre. Je dois faire un exposé sur la scène du verdict (chapitre 4: page 163 à 164, à partir de «nous avons attendu très longtemps») et je sollicite votre aide. J'avoue ne pas tout saisir et qui mieux que vous le pourrait d'ailleurs? Je souhaiterais donc savoir ce que vous pensez de cette scène et ce que vous ressentiez vraiment à ce moment? N'êtes-vous pas un peu perturbé tout en sachant déjà quel sera votre sort?

Mais je me demande également pourquoi vous semblez lire sur tous les visages de la considération et pourquoi les gendarmes «étaient très doux» avec vous. Il semble que les gens voient que vous n'avez pas commis un meurtre prémédité et que vous ne l'avez pas fait exprès.

Ma dernière question est la suivante: vous dites «j'ai réfléchis» (à la fin du chapitre 4), c'est la première fois que vous réfléchissez...  sans vouloir vous offenser, mais c'est simplement qu'auparavant (déjà dès la 1ère page) vous ne pensez qu'après avoir parlé et vous vous dites justement que vous avez parlé trop vite.

Voilà les questions que je me posais, mais si vous avez autre chose que vous trouvez intéressant à me dire, libre à vous.

En tout cas, je vous remercie d'avance et attends avec impatience votre réponse.


Bonjour,

Le directeur de la prison m'a un peu parlé de ce livre qui raconte, à sa manière, la fin de ma vie. Je ne l'ai pas lu mais je vais quand même tenter de vous répondre.

«La scène du verdict», dites-vous. Il s'agit sans doute du moment où on a lu ma condamnation. J'avais un peu pressenti quel serait le verdict, car le procureur de la couronne avait été habile et j'avais moi-même été impressionné par son plaidoyer. Mon avocat m'avait prévenu, aussi, que ses arguments ne laisseraient pas insensibles les jurés. Je ne m'attendais pas à être condamné aussi sévèrement, par contre. Si j'ai pu paraître peu perturbé, quand on a dit qu'on me trancherait la tête, c'est que nous avions effectivement attendu très longtemps avant d'être invités à retourner dans la salle. Ma hâte d'en avoir terminé était plus grande que celle de connaître mon sort. Il faut dire que mon sort ne dépendait plus de moi. Ce n'est pas moi qui décidais. C'est peut-être pour cette raison que les autres personnes me regardaient de cette manière. Ils savaient eux aussi que ce procès se déroulait sans moi.

Vous dites que j'ai l'habitude de réfléchir après avoir parlé au lieu de réfléchir avant. Vous ne m'offensez pas, non. J'y vois au contraire un certain soulagement car on m'a souvent accusé de ne pas réfléchir du tout.

Meursault