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reirurie@t-online.de |
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Réclame des Sels Kruschen |
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| Monsieur Meursault, Qu'est-ce que c'est que cette réclame que vous avez découpée le dimanche après l'enterrement de votre mère? Qu'est-ce qui vous a plu dans cette publicité des Sels Kruschen? A propos, aimez-vous le swing? Connaissez-vous la mélodie «That Kruschen Feeling»? Quelle est votre position envers les zazous? Merci d'avance de votre réponse. Reiner Ruft, Allemagne Monsieur Ruft, Cette réclame m'a amusé parce qu'elle présentait les Sels Kruschen comme étant la réponse à tous nos problèmes. Il suffisait de suivre la posologie pour se nettoyer de tout ce que nous avions de mauvais en nous. J'ai toujours été agacé par les gens qui nous veulent du bien et qui nous donnent la marche à suivre. Par contre, quand j'ai découpé cette réclame, je ne savais pas que plus tard on tenterait de m'en faire avaler. Quant aux zazous, j'en ai déjà entendu parler au bureau par des gens qui avaient vécu dans la capitale. Je sais qu'ils portaient des costumes avec des motifs à carreaux, qu'ils avaient une attitude un peu nonchalante. Je n'ai pas d'opinion ou de position, comme vous dites. Du reste, je n'aime pas juger les gens. Si certaines personnes prennent plaisir à s'afficher, ça ne me concerne pas. Je ne connais pas la mélodie dont vous parlez. Je connais un peu le swing mais pas très. Je n'ai jamais beaucoup dansé parce qu'il fait trop chaud dans ces endroits. J'ai toujours préféré les bains de mer. Cordialement, Meursault Monsieur Meursault, vous me mentez comme vous avez menti à la police (pour faire plaisir à votre ami Raymond). Dans votre livre (est-ce un journal intime? Qui saurait le dire?) vous décrivez les zazous à deux reprises: «Un peu plus tard passèrent les jeunes gens du faubourg, cheveux laqués et cravate rouge, le veston très cintré, avec une pochette brodée et des souliers à bouts carrés.» L'Étranger, chap.II «Les jeunes filles du quartier, en cheveux... Les jeunes gens s'étaient arrangés pour les croiser et ils lançaient des plaisanteries dont elles riaient.» L'Étranger, chap. II La chanson «That Kruschen feeling» que vous prétendez ne pas connaître contient la ligne «he used to read the adverts in the daily press». La belle allusion! Vous êtes un artiste de la dissimulation! Mais votre auteur, Monsieur Camus, n'a-t-il exprimé son admiration pour l'art de Kafka dans un chapitre du Mythe de Sisyphe? Je cite: «Tout l'art de Kafka est d'obliger le lecteur à relire. Ses dénouements, ou ses absences de dénouement, suggèrent des explications, mais qui ne sont pas révélées en clair et qui exigent, pour apparaître fondées, que l'histoire soit relue sous un nouvel angle. Quelquefois, il y a une double possibilité d'interprétation, d'où apparaît la nécessité de deux lectures. C'est ce que cherchait l'auteur.» En vous créant, Monsieur Camus a essayé d'en faire autant; et il a apparemment bien réussi; témoin: les multiples interprétations dont vous faites l'objet. Encore une autre remarque: dans votre récit, vous ne vous permettez pas de fautes de grammaire ou d'orthographe; et de temps à autre vous utilisez même le subjonctif de l'imparfait avec une grande maîtrise. Et maintenant, dans la première phrase de votre réponse à moi, vous ne savez pas accorder correctement un participe passé: «Cette réclame m'a amusée» [sic!]. Seriez-vous devenu(e?) femme dans votre cellule? Est-ce une maladie? Je vous souhaite un prompt rétablissement. Reiner Ruft Monsieur Ruft, Je ne connais pas bien Kafka. Je ne lis pas beaucoup. C'est peut-être pour cette raison que je n'écris pas aussi bien que ce monsieur Camus dont on me parle si souvent. J'écris mieux que Raymond, oui, et c'est pourquoi il m'a demandé d'écrire une lettre à sa place, mais je ne suis pas un écrivain. Je sais dire les choses. Sans plus. Vous dites que les jeunes gens qui passaient sous ma fenêtre étaient des «zazous»? Peut-être bien. Qu'importe? Meursault
Monsieur Meursault,
Monsieur Ruft, |
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