Katharina
écrit à

Meursault
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Cher Meursault, Katharina Bonjour mademoiselle Katharina, Il y a trois questions dans votre lettre. Je vais tenter de répondre à chacune. Vous me demandez si mon histoire mérite d’être lue. Je ne sais pas pourquoi elle est lue par un si grand nombre de personnes. Je n’ai pas la réponse. Ce n’est pas parce que c’est moi, en tout cas. Mon histoire est plutôt banale. Je me promène sur la plage, je tue un Arabe, on fait un procès, je suis condamné pour meurtre et bientôt on me tranchera la tête. C’est tout. Des meurtres, il y en a chaque année des centaines. Des milliers, peut-être. Si chaque fois on en faisait un roman, ce ne serait pas très utile. Peut-être l’auteur est-il plus intéressant que l’histoire elle-même, en fait. C’est peut-être dans sa manière de raconter. Je ne sais pas. Chose certaine, c’est un peu gênant pour moi. Vous me demandez ensuite si je me considère comme un héros. Non. Il n’y a rien d’héroïque dans le fait de tuer un Arabe. Je ne suis pas un martyre non plus. Je n’ai jamais fait de politique. Je n’ai pas non plus tué l’Arabe par conviction. Je n’ai jamais posé quelque geste que ce soit dans le but précis de défendre des idées. L’histoire du Tchécoslovaque, maintenant. Une histoire bien étrange. Ce qui m’a intrigué dans cette histoire, c’est sa ressemblance avec la mienne. Ce qui lui est arrivé est le fait du hasard, d’un ensemble de circonstances, mais c’est aussi le résultat d’une certaine imprudence qu’il a commise et qui a mal tourné. Le résultat est invraisemblable quand on y pense. C’est une chose qui n’aurait jamais dû se produire. D’un autre côté, il ne pouvait pas savoir. Quoi qu’il en soit, c’est un fait divers. Monsieur Camus pourrait en faire un livre, lui qui semble s’intéresser aux faits divers. Meursault |