Quête intérieure |
||||
![]() |
||||
| Bonjour M. Meursault, J'ai lu et relu L'étranger, vous l'étranger au monde et à vous-même. Mèneriez-vous une quête intérieure dont le tout est de vous réconcilier avec le monde et avec vous-même? Vous qui êtes condamné à mort, votre vie tourne autour de quoi et de qui aujourd'hui? Je vous trouve beau dans les mots. Nicole |
||||
|
|
||||
|
|
||||
| Bonjour Nicole, J'ai été content de recevoir votre lettre. Normalement, ce matin, c'était le jour de l'examen médical. Ça m'embête toujours un peu, cet examen. Au début, je ne comprenais pas bien pourquoi les condamnés à mort devaient s'y soumettre. Je ne voyais pas ce que ça pouvait changer qu'on les exécute malades ou en santé. Ensuite l'infirmier m'a expliqué que c'était pour éviter la contamination des autres. Bien sûr j'ai compris mais ça n'empêche pas que ça m'ennuie. Ce matin, le fait d'avoir une lettre à écrire m'en a dispensé. Je me suis dit que ça vous amuserait peut-être que je vous le dise. Je n'ai pas mené et je ne mène pas de quête intérieure comme vous dites. D'ailleurs ça aussi on me l'a reproché. On m'a reproché de ne pas avoir d'ambition. Je sais que mon patron, même s'il ne me l'a jamais dit ouvertement, aurait voulu que j'aie de l'ambition. D'ailleurs il a voulu que j'aille travailler dans la capitale. Probablement pour que je monte quelques échelons dans l'entreprise. J'ai refusé parce que je ne voyais pas en quoi ça pourrait améliorer mon sort. Par contre, je ne peux pas dire qu'il m'ait reproché de manquer d'ambition. Encore une fois, c'est le juge d'instruction qui a fait un cas de mon refus. Puis l'avocat de la couronne. J'ai toujours su que ça n'avait pas d'importance que je perçoive les choses à ma manière. Que ça ne concernait que moi et que dans un certain sens personne n'avait le droit de me juger à ce sujet. Par contre, depuis le meurtre de l'Arabe, ceux qui m'accusaient se sont appliqués à me faire croire le contraire. À moi et surtout aux jurés. De façon très habile d'ailleurs puisque j'ai été condamné. Par contre vous avez probablement raison de parler de réconciliation avec le monde. Cette réconciliation est survenue peu après ma condamnation. Pas ma condamnation par la cour. La cour a simplement fait son boulot. Je parle de ma condamnation par l'aumônier. Ma façon de penser le monde était différente de la sienne et pour cette raison j'étais condamné. Il me condamnait au nom de l'univers tout entier. J'étais donc doublement condamné: par les hommes et par l'univers. Ça m'a fait comprendre que j'avais raison et que tous les autres avaient tort. Depuis le tout début d'ailleurs. Cet aumônier ne pouvait pas me condamner au nom de l'univers parce que cet univers n'était pas le sien. Il ne pouvait pas posséder la vérité comme il le prétendait. De là, ancun homme ne le pouvait non plus. Fut-il aumônier, juge, avocat, comptable même. Condamné par tout le monde, j'étais effectivement réconcilié avec le monde. Il pouvait désormais m'appartenir, et pour ainsi dire à moi seul. Autour de quoi et de qui «tourne» ma vie? Je ne suis pas bien certain de comprendre votre question. Vous semblez croire qu'elle tourne autour de choses différentes depuis que je suis condamné à mort. C'est vrai et c'est faux. Dans les faits, mon univers est désormais celui de la prison et ceux qui s'y trouvent. De l'extérieur, ça paraît bien sûr plutôt restreint. C'est du moins ce que je pensais des prisons avant de m'y retrouver moi-même. C'est aussi ce que je pensais au tout début de mon emprisonnement. Depuis, j'ai appris à considérer cet univers comme étant suffisant. J'y suis d'ailleurs parvenu sans trop de difficulté. C'est finalement une question de proportions. Sans plus. Je n'ai jamais rien attendu de la vie. Je ne vois pas pourquoi j'en attendrais quelque chose maintenant que je suis prisonnier. Et comme je n'attends rien non plus de la mort, ma vie ne tourne autour de rien en particulier. Ce qui veut finalement dire que je suis libre. Mais je ne sais pas si je réponds à votre question. Peut-être devriez-vous me la préciser. Mes respects, Meursault |
||||
| M. Meursault bonjour, Nous sommes dimanche, le soleil y est invité. Pas un brin de vent, un fond de l'air encore humide des dernières pluies torrentielles qui annoncent le printemps avec violence et impatience. Un bout de printemps pour vous remercier, éclairer et réchauffer un petit coin de votre cellule. Nicole |
||||
| Bonjour Nicole, Vous êtes gentille de m'écrire. Toutefois, je ne voudrais pas que vous pensiez que je suis malheureux là où je suis. De ce coin de cellule, comme vous dites, je peux très bien apercevoir un morceau de ce soleil dont vous me parlez, le soleil qui annonce le printemps. Et puis il y a les sorties dans la cour qui me permettent d'en capter la chaleur. Je vous souhaite à vous aussi un très beau printemps. Meursault |