Sydney Homewood
écrit à

Meursault
| Cher Meursault, Je m'appelle Sydney Homewood et j'ai quelques questions à vous demander au sujet de votre vie et de vous-même. Quand vous étiez en prison, la nuit de votre condamnation à mort, je sais que vous avez eu un peu de difficulté à accepter votre mort. La raison de votre mort et en particulier le moyen. Je sais que vous étiez inquiet de la douleur associée à la guillotine et qu'il n'y avait pas un autre moyen de vous tuer qui pourrait être moins sanglant. Mais, si j'étais dans votre situation, à ce moment exact, je crois que j'essayerais de me suicider, parce que votre exécution n'est qu'un moyen de démontrer que «les pouvoirs de la société» accomplissent une bonne chose en débarrassant le monde d'une personne qu'ils considèrent dangereuse. Je sais que vous avez choisi de vivre votre vie et d'aller à l'encontre de la plupart des règles de la société, ou au moins de ne pas les accepter, et ça c'est, en toute l'honnêteté, la raison pour laquelle vous devez mourir. Notre monde reste sur une balance délicate à propos de ce qui est moralement acceptable ou pas. Nous devons choisir notre propre direction et vous avez fait votre choix: vous avez accepté la conséquence de votre vie et le moyen de votre vie. Même s'il n'y avait rien que vous pussiez faire, est-ce que vous avez pensé au suicide? Est-ce que votre mépris est assez grand pour que vous puissiez prendre votre propre vie, pour voler le pouvoir que la société a sur vous? Ou est-ce que ça ne vous fait rien? Sydney Homewood Bonjour Monsieur Homewood, Vous voudriez que je me suicide pour protester contre ma condamnation à mort? Si j'étais révolté contre la société, peut-être envisagerais-je cette possibilité, mais ce n'est pas le cas. Je trouve la justice injuste, d'une certaine manière, mais il me semble que c'est là un problème qui la concerne beaucoup plus qu'elle ne me concerne. Aussi, je ne crois vraiment pas qu'un tel geste puisse changer quoi que ce soit. Ni pour elle, ni pour moi. Dans un sens, je préfère de beaucoup que ce soit elle qui me tranche le cou. D'une certaine manière, nous serons quittes: nous aurons tous deux tué un homme. Si je me suicidais, je serais coupable de deux meurtres. Meursault |