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Cher Meursault,
Lors de votre convocation au procès, vous étiez
présent tel un témoin, un simple visiteur, venu à cause de la
curiosité, et n'avez participé que passivement au procès. Cependant par
la suite, vous vous révoltez contre la religion, et par là de la
mentalité humaine... Pourquoi avoir attendu si longtemps, et pourquoi
vous êtes-vous révolté? Qu'aviez-vous à prouver?
Bien à vous,
Kate
Bonjour Kate,
Il faut avoir soif pour savoir ce qu'est la soif.
Il faut se faire mordre pour savoir ce qu'est une morsure. Avant d'être
arrêté, accusé, jugé et condamné, je ne savais pas ce qu'était
véritablement la justice. J'ai assisté à ce procès avec beaucoup plus
de curiosité que d'inquiétude. Et puis j'avais un avocat, pour voir les
détails.
Ma condamnation m'a appris une chose: c'est que le jour
où vous tuez un homme, vous avez tort sur toute la ligne. Vous avez
tort d'avoir tué un homme, ce qui est normal, mais vous avez également
tort de ne pas pleurer quand il faudrait que vous pleuriez, d'aimer les
films de Fernandel, de ne pas croire en Dieu, etc.
J'ai ressenti
de la colère, oui, mais cette colère n'était pas contre la religion.
C'était contre la prétention qu'ils avaient tous de connaître la
vérité, de s'attribuer le droit de juger autre chose qu'un meurtre.
Avant toute cette histoire, je veux dire avant le meurtre de l'Arabe,
je n'avais jamais été témoin de cette prétention. Au cinéma, je n'étais
pas seul dans la salle. Personne n'a été accusé d'avoir été là.
Ma colère s'est maintenant apaisée car je sais que j'ai raison.
Meursault |