Plusieurs questions |
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| Cher Meursault, J'ai quelques questions à vous demander. Pourquoi est-ce que vous ne montrez pas d'émotions? Pourquoi avez-vous tiré cinq fois sur l'Arabe? Est-ce que vous aimez Marie? Pourquoi vous ne voulez pas prendre le nouveau travail en Angleterre? Est-ce que vous aimez le chien de Salamon? Pourquoi avez-vous mis votre mère à l'asile? Comment est-ce que vous aimez votre travail? Qui est votre meilleur ami? |
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| Mademoiselle, ou Madame, ou Monsieur, Votre lettre a beaucoup amusé le directeur de la prison. Il est entré dans ma cellule en disant: «Meursault, je vous apporte huit questions en quatre lignes.» Un moment j'ai cru qu'il s'agissait de la réouverture de mon procès. Je n'en avais pas vraiment envie. Ça me paraissait même inconvenant parce que je me suis habitué à considérer que c'est terminé. On ne devrait pas jouer comme ça avec les gens. Je ne sais pas pourquoi vous me posez tant de questions, ni en quoi tout ceci vous intéresse. À la plupart de ces questions j'ai déjà répondu mille fois. Les coups de revolver. Marie. Salamano et son chien. Ma mère. L'asile. Mais je veux bien répondre encore une fois. Si je suis bref, c'est qu'il me semble que j'ai déjà beaucoup parlé. J'ai déjà dit beaucoup plus que ce que j'avais à dire. Si je montre peu mes émotions, c'est qu'il m'a toujours semblé qu'elles ne sont pas publiques. Depuis cette affaire, on voudrait me faire croire le contraire mais ce n'est pas le cas. Ce n'est pas parce que j'ai tué un Arabe que mes émotions sont publiques. Le premier coup de revolver est parti un peu par hasard, dans des circonstances où il se passait des choses qui ne me concernaient pas. Je me sens beaucoup plus responsable d'avoir tiré les coups suivants. Tout s'est passé très vite mais je me rappelle avoir tiré par colère. Comme si ces coups avaient pu effacer ce qui venait de se passer et en même temps leur donner un sens. J'ai aimé la présence de Marie, oui. Mais ce n'était sans doute pas de l'amour au sens où vous l'entendez. Il y avait dans ma relation avec Marie une sorte de douceur et de bien-être comparable à celui du soleil après un bain de mer. On m'a offert d'aller travailler dans la capitale, Paris, mais je ne voyais pas pourquoi je changerais de vie. D'ailleurs je ne crois pas qu'on change de vie. Plus loin dans votre lettre vous me demandez si j'aimais mon travail. J'aimais bien terminer la journée en sachant que le travail que j'avais à faire avait été fait. Mon patron était content et c'était pour le faire qu'il me payait. Il était normal que je le fasse. Pour ce qui est du chien de Salamano, je ne sais que vous dire. Salamano y était beaucoup attaché. J'ai mis ma mère à l'asile parce que nous n'avions plus rien à attendre l'un de l'autre. Je sais qu'elle s'y plaisait car elle s'était fait un fiancé, comme on dit. Ce fiancé avait sûrement quelque chose en commun avec elle, ce qui n'était plus mon cas. Enfin, je n'ai pas de «meilleur ami». Ici, à la prison, j'ai quelques amis et il arrive que nous fassions une partie de foot. Ça nous permet de tuer un peu de temps. J'espère avoir répondu à vos questions. Meursault |