Pauvre Marie
       
       
         
         

sylvain.lafrance@videotron.ca

      Bonjour M. Meursault,

Une chose me titille depuis le début dans votre relation très tendre avec Marie. C'est que je sens monter tout au long du récit un sentiment réel, une prise de conscience de ce qui pourrait bien devenir de l'amour, ou à tout le moins une non-indifférence qui s'apparente à une relation amoureuse...

Puis, de votre cellule, je sens ce sentiment fondre de nouveau, ou je devrais plutôt dire que je sens "l'expression" de ce sentiment fondre de nouveau.. Si la rencontre de l'aumônier a pu vous faire réagir à ce point, un événement quelconque aurait-il pu faire "exploser" un réel sentiment amoureux pour Marie!

C'est que je suis un peu inquiet de ce qu'elle deviendra...

Sylvain Lafrance

 

       

 

       

Meursault

      Monsieur Lafrance,

Vous me parlez de deux choses très différentes.

L'aumônier m'a exaspéré parce qu'il me pressait de penser ce que je ne pensais pas, à un moment où j'aurais préféré penser tout seul à ce que j'avais envie de penser. D'ailleurs sa visite est survenue peu de temps après ma condamnation à mort. Vous pouvez comprendre, je crois, que ma réaction fut sans doute plus... plus violente, oui, que si je l'avais rencontré par hasard chez Céleste avant toute cette histoire.

J'ai passé avec Marie des moments agréables. Est-ce que j'en étais amoureux? Peut-être. Mais ça n'a pas vraiment d'importance puisque je suis maintenant condamné à mort et qu'elle n'a aucune raison de croire qu'un jour je puisse être libéré. Si je n'avais pas tué l'Arabe, je suppose que nous nous serions mariés puisqu'elle le souhaitait. Je ne pense pas que ça prenne une explosion pour que deux personnes se marient. La plupart des gens se marient parce que c'est comme ça.

Je ne sais pas pourquoi vous vous inquiétez pour Marie. Mais vous avez vos raisons, sans doute.

Meursault