Nombreuses questions
       
       
         
         

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      Cher Meursault,

- Pourquoi êtes-vous indifférent?
- Où est la prison où vous êtes emprisonné?
- Pourquoi est-ce que vous ne dites pas à Marie: «Je t'aime»?
- Pourquoi est-ce que vous n'avez pas pleuré à l'enterrement de notre maman?
- Pourquoi est-ce que vous ne vous défendez pas pendant le procès?
- Pourquoi est-ce que vous avez écrit la lettre de Raymond?
- Pourquoi Meursault s'associe avec Raymond?

Mike

 

       

 

       

Meursault

      Monsieur Mike,

Toutes ces questions me rappellent d'étranges souvenirs... Quand j'étais dans le box des accusés, la plupart d'entre elles ont été posées devant la Cour, par le procureur, sur un ton de dégoût. Mais auparavant elles avaient été posées par le juge d'instruction, en présence du greffier, sur un ton de dépit. Après le procès, elles m'ont été reposées par l'aumônier, sur le ton de ce que ces gens appellent la pitié.

Je ne suis pas indifférent, Monsieur. Je suis différent. Voilà tout. Aujourd'hui, dans ma cellule (qui est à Alger, puisque vous me le demandez), je sais que si la justice des hommes m'interdit d'être différent, comme celle de son Dieu d'ailleurs, j'ai raison de penser que la différence a le droit d'être humaine. Si elle n'a pas droit de cité, je n'y puis rien.

Je ne me suis pas défendu pendant le procès parce que je ne comprenais pas très bien ce qu'il se passait. Ce procès se déroulait sans moi. Ce n'était pas vraiment le mien. D'ailleurs j'ai rapidement compris que je n'y serais pas écouté. Ou du moins que tout ce que j'aurais pu y dire aurait été jugé déplacé, non pertinent en regard de ce qui était jugé.

Pourquoi je n'ai pas dit à Marie «je t'aime»? Sans doute parce que je n'en sentais pas l'utilité. Les choses n'existent-elles qu'à condition qu'on les dise, ou qu'on les nomme?

Mes respects,

Meursault