Christopher Kuene
écrit à

Meursault
| Cher Meursault, J'ai assisté dernièrement à une mise en scène de «l'Étranger». Comme il n'y avait que trois acteurs (toi, Raymond-concierge-juge d'instruction, Marie-vieille-aumônier!), le metteur en scène a remplacé beaucoup de scènes par un récit ou des dialogues. Ainsi, tu racontes par exemple l'entretien avec ton patron à Marie et tu t'entretiens toujours avec Raymond au sujet de Salamano. Cela m'a un peu surpris de te voir aussi bavard et expansif. Que penses-tu de cette idée? Christopher Kuene Monsieur Kuene, Je ne sais trop quoi vous répondre. Déjà, lorsque j’ai appris que Monsieur Camus avait raconté mon histoire dans un livre, j’ai mis un certain temps à comprendre. Je ne voyais pas en quoi ce qui m’était arrivé pouvait intéresser quelqu’un. Ce qui m’est arrivé est somme toute assez banal. J’étais sur la plage, j’ai tué un Arabe, on m’a fait un procès et on a décidé de me trancher la tête. Il n’y avait rien d’autre à en dire, il me semble, et pourtant on en a fait tout un livre. Si ensuite on en fait une pièce de théâtre, je comprends que le metteur en scène ait dû inventer des choses pour remplir. Sinon, sa pièce aurait duré quinze minutes. Je ne crois pas que des gens acceptent de payer une place pour quinze minutes. Je ne suis pas très bavard, vous avez raison. J’aurais été curieux d’assister à cette pièce mais je ne crois pas que j’aurais aimé. Meursault |