Les autres |
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| M. Meursault, Je ne vous écrirai pas des mots d'encouragement, ni ne vous souhaiterai mes sympathies ou tenterai de vous culpabiliser pour votre geste. Ce serait futile, d'autres s'en sont chargés car ces autres aiment prendre en charge la vie des autres. Ça leur donne l'impression d'exister, je crois. Mais une question me hante depuis que la presse à rendu publique votre condamnation, et j'aimerais comprendre, sans juger, simplement parce que je ne peux m'empêcher, parfois, de me reconnaître un peu en vous. Alors voilà, vous, ne vous reconnaissez-vous jamais en personne? Qu'on puisse être indifférent à la loi, aux jugements, à Dieu, voire à la mort, va. Mais être indifférent aux autres... Ne regrettez-vous pas de ne plus pouvoir faire sourire Marie? De ne plus pouvoir aider Raymond? Avez-vous déjà donné quelque chose de vous en remarquant la différence que vous faisiez alors, pas pour un monde absurde, mais pour une personne concrète? Et si pour cette personne, le monde était moins absude grâce à vous? Merci, non pas de répondre (ça importe peu), mais de me permettre d'écrire. Jean-François |
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| Monsieur, Je comprends ce que vous voulez dire. Il est vrai que Marie appréciait ma présence et que moi j'appréciais la sienne. Il est vrai aussi que je la faisais rire. Parfois sans que je ne sache vraiment pourquoi. Je me suis souvent demandé si elle-même le savait. Nous apportions tous deux quelque chose à l'autre, sans doute. Mais depuis ma condamnation, Marie a compris que je ne ferais plus partie de sa vie. Que ce serait désormais impossible. Elle ne vient donc plus me voir et je la comprends. Je présume que quelqu'un d'autre a pris ma place pour la faire rire. Ce qui est normal. Si on m'a refusé la liberté, il n'y a pas de raison pour qu'elle perde la sienne. C'est moi qui suis condamné. Pas elle. Par contre, je ne sais pas ce que vous voulez dire par «me reconnaître en quelqu'un» et par un monde qui serait «moins absurde grâce à moi». Je ne saurais avoir ces prétentions. J'ai assez d'ennuis avec moi-même sans me projeter sur les autres et je n'ai de toutes façons aucune envie. Bien à vous, Meursault |