Jessica Moser
écrit à

Meursault
| Cher Meursault, Pendant notre cours de français à l'école, nous avons beaucoup parlé de vous et du sujet de l'absurdité. À la fin, nous avons comparé vous, Meursault et votre histoire avec le mythe de Sisyphe. J'ai donc trouvé cette citation d'Albert Camus: «La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un cœur d'homme. Il faut imaginer Sisyphe heureux» (Le Mythe de Sisyphe). Est-ce que vous pensez qu'on peut comparer votre vie avec celle de Sisyphe? Que pensez-vous de cette citation? Cordialement, Jessica Moser Mademoiselle Moser, La différence entre Sisyphe et moi, c’est que je sais que la vie ne sera jamais autre chose que le présent. Sisiphe appartient à une époque où les hommes croyaient qu’il était possible d’atteindre une forme de semi-divinité, de manière à connaître l’éternité. Il représentait cette ambition démesurée d’élever sa condition d’homme, envers et contre toute logique, jusqu’à l’atteinte d’une éternité qu’il associait sans doute au bonheur. Monsieur Camus l’a bien compris il me semble car il suggère que ce bonheur soit associé au geste plutôt qu’au but à atteindre. J’ai toujours refusé de pousser un rocher, on me l’a d’ailleurs reproché, parce que je ne saurais que faire de cette éternité. L’aumônier n’était pas de cet avis et la justice non plus d’ailleurs. Si j’ai été condamné, c’est essentiellement parce que je regardais les autres pousser. Or la justice ne juge pas l’homme: elle juge ce qu’il fait ou ce qu’il ne fait pas. Meursault |