La sueur de pierre
       
       
         
         

eburkert@hotmail.com

      Cher Meursault,

Quand l'aumônier vous rend visite, il vous parle des prisonniers qui ont vu surgir un visage divin des pierres et vous demande de le chercher. D'après votre récit vous vous énervez de cet appel et vous lui dites que vous avez regardé le mur pour des mois et c'est ce que vous connaissez le mieux au monde. Une fois vous avez cherché un visage - celui de Marie - mais en vain. Les pierres sont restées opaques.

Ce passage me fascine et m'a fait réfléchir. Veuillez répondre à mes questions suivantes:

Pourquoi avez-vous cherché le visage de Marie? Pourquoi il ne vous est pas apparu? Aimez-vous Marie?

Je vous remercie d'avance de votre réponse.

Avec les meilleures pensées,

Esther Burkert

 

       

 

       

Meursault

      Mademoiselle Burkert,

Vous m'excuserez j'espère d'avoir mis autant de temps à vous répondre. Ce n'est pas ma faute. D'une part, le temps ici n'a pas la même signification qu'à l'extérieur. Il arrive que je ne sache plus très bien quel jour nous sommes. Et puis dernièrement, nous avons eu la visite d'un représentant des services judiciaires. Il a fallu nettoyer nos cellules en prévision de son inspection. Mais tout ceci ne vous concerne pas, naturellement.

L'aumônier que j'ai finalement chassé, vous m'exuserez de vous dire ceci, mais c'était une crapule. Il a tenté d'utiliser mon désarroi pour m'entraîner dans une croyance dont je n'avais que faire. Et pour y arriver, il a utilisé un argument qui sans doute avait quelque succès auprès d'autres prisonniers: les murs qui m'entourent.

Ces murs, mademoiselle, sont les preuves de mon emprisonnement. Sans eux il n'y a pas de prison. Or cet homme qui se prend un peu pour dieu aurait voulu que je les considère comme étant mon salut. Mais ce n'était pas ma façon de penser. Ces murs sont des murs. C'est tout. La preuve c'est qu'il est impossible d'y voir autre chose que des murs.

Si je voulais réussir à me convaincre qu'ils sont autre chose que des murs, je préférerais me convaincre qu'ils représentent non pas dieu mais Marie. Parce que j'ai eu beaucoup de plaisir à fréquenter Marie alors que la fréquentation de dieu ne m'a jamais rien apporté. Mais la vérité, c'est que les murs qui m'entourent m'empêchent de fréquenter à nouveau Marie.

Si j'ai aimé Marie? J'ai aimé sa présence.

Mes amitiés,

Meursault