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Meursault

     
   

La révolte

    Cher Meursault!

Il y a un passage dans votre vie que je ne comprends pas. C'est la révolte à la fin. Vous dites que vous avez raison, mais en quoi? En outre, vous parlez des privilégiés. Est-ce que tout le monde est privilégié ou est-ce que ce sont seulement ceux qui se rendent compte de la vie absurde qu'ils mènent? En outre, vous dites que tous les hommes ont la même valeur. Alors, pourquoi est-ce que vous aviez le désir d'embrasser Céleste le jour du procès? À la fin, vous retrouvez le calme. Est-ce que c'est l'harmonie entre vous et la nature ou entre vous et le monde entier? Et, enfin, pourquoi est-ce que vous n'avez pas peur de mourir, mais souhaitez toujours de continuer de vivre?

Merci beaucoup en avance pour votre réponse,

Eleanor


Chère Eleanor,

Vous me posez beaucoup de questions. Je ne suis pas certain de pouvoir répondre à toutes. Ce que j'ai pensé, la façon dont j'ai réagi, c'est bien sûr en réaction à ce qui venait de se passer. On venait de me condamner à mort.

Je me suis révolté, oui, comme on s'enrage lorsqu'on sait qu'on a raison et que tout le monde persiste à dire que vous avez tort. Pourtant vous le savez, vous, que vous avez raison. Mais on vous condamne parce qu'on n'a pas compris. Céleste avait compris, je crois. Il avait compris que j'étais un homme comme nous en sommes tous et que notre condition d'homme fait que personne ne peut prétendre savoir.

Après je me suis calmé, c'est vrai. Il m'a semblé que tout ceci n'avait peut-être pas autant d'importance qu'on voulait le faire croire. Et que devant l'absolu, devant l'immensité, ce qui m'arrivait n'était finalement qu'une anecdote. Comme toutes celles que je m'amusais à découper dans les journaux, avant cette histoire. De là, je ne vois pas pourquoi j'aurais peur de mourir.

Meursault.