Espoir |
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| M. Meursault, Nous aimerions savoir si, par hasard, vous n'aimeriez pas recevoir quelques livres, denrées ou vêtements pour adoucir un peu le quotidien de votre réclusion. Mais nous aimerions surtout que vous acceptiez de nous rencontrer afin que nous puissions discuter plus en avant du plan d'action que nous avons mis en place pour l'obtention de votre pardon. Nous avons tout l'heur de croire que nos chances sont grandes. Votre bonne conduite et le nombre d'années écoulées depuis cet incident constituent des facteurs importants qui nous permettent tous les espoirs. Dans votre cas il ne faudrait que la démonstration de l'ombre d'un remord... pensez-y M. Meursault. Contactez-nous le plus tôt possible afin que nous puissions prendre rendez-vous. Griffin et Sabine |
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| Chers amis, Il y a longtemps qu'on ne s'est pas intéressé à moi. À vrai dire, j'en ai un peu perdu l'habitude. Par contre je me suis beaucoup habitué aux vêtements que je porte, à la nourriture peu variée qu'on me donne, aux quelques revues que je regarde de moins en moins souvent. La réclusion n'est pas ce que l'on croit. C'est une autre vie et on s'y habitue très bien. Avec le temps, on finit par oublier la vie qu'on avait avant, et en cessant de comparer on cesse de regretter le passé. Je n'ai pas à me plaindre de ma vie actuelle. Elle vaut bien la vôtre. Il m'arrive de ne plus faire beaucoup de différence entre la liberté et la prison. Le matin on se lève, le soir on se couche. Et comme avant, toute la semaine j'attends dimanche. Le dimanche on nous permet de jouer une partie de foot avec les copains quand on n'a pas de visite. Vous voulez venir me visiter. J'ai d'abord pensé que ça ne changerait rien à mon jugement mais je me suis dit que sans doute ça vous ferait plaisir. J'en ai parlé au directeur de la prison et il m'a dit qu'il étudierait la question. J'ai senti qu'il n'était pas à l'aise avec cette idée de visite. Je lui ai demandé pourquoi et il a répondu que ce serait compliqué. Il a dit qu'il devait en parler à l'éditeur de la publication, monsieur Dumontais, car il ne savait pas si c'était possible. Il m'a aussi demandé ce que je pensais de ce remord dont vous parlez dans votre lettre. Je lui ai répondu que je n'avais pas vraiment de remord mais que ce qui était arrivé avait beaucoup changé ma vie et il a convenu que c'était vrai. Il m'a demandé si je dirais que j'avais des remords s'il y avait un nouveau procès et je lui ai dit que non parce que je n'en avais pas. Il a dit qu'il comprenait et nous nous sommes laissés. Si vous voulez me visiter, je crois qu'il faudra que vous attendiez que le directeur de la prison en parle à l'éditeur. Je n'ai pas très bien compris de quelle façon toutes ces lettres, y compris la vôtre, me parviennent. L'éditeur a parlé du futur mais je n'ai pas très bien saisi. À bientôt peut-être, Meursault |