David
écrit à

Meursault
| Bonjour, Pendant vos derniers moments en prison, avant votre exécution, vous avez dit: «Pour que tout soit consommé, pour que je me sente moins seul, il me restait à souhaiter qu’il y ait beaucoup de spectateurs le jour de mon exécution et qu’ils m’accueillent avec des cris de haine.» Pourquoi? David David, Vous faites référence à quelque chose à quoi j’ai pensé il y a longtemps. Il faut comprendre le contexte. Hors contexte, rien ne se tient. On l’oublie souvent. J’étais en colère. Ma demande de pourvoi venait d’être rejetée. La Cour m’avait condamné pour ne pas avoir pleuré à l’enterrement de maman et l’aumônier ne cessait d’insister pour que je m’intéresse à son Dieu. De toutes parts, on m’assaillait pour me dire quoi faire et quoi penser. Le vase a débordé, comme on dit. Je me suis dit que puisque c’était ainsi, autant que ce le soit jusqu’au bout, que cette manière se manifeste franchement et qu’elle ait le courage de se tenir debout. Cette Justice qui est celle des hommes imposerait sa mécanique de façon claire et tout le monde serait responsable de ses décisions. Avec le temps je me suis pour ainsi dire calmé. Qu’il y ait du monde ou qu’il n’y en ait pas m’importe peu. Meursault |