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Kassandra
écrit à
Meursault
Meursault


Beaucoup de différends


    Salut,

Ce qui m'intéresserait beaucoup, c'est de savoir qui est, à votre avis, l'Étranger dans le roman dont vous êtes le protagoniste. En fait, vous êtes le Pied-Noir qui se retrouve dans un pays étranger, mais les Arabes sont décrits quelque part comme des bizarres!

D'ailleurs, pourquoi ne voulez-vous pas faire connaissance avec Thomas Perez?

En fin de compte, vous avez perdu votre mère. Ne voulez-vous pas savoir comment était la dernière partie de sa vie ?

En outre, je ne comprends pas pourquoi vous restez à Alger, si le soleil vous fait si mal. Vous avez reçu une proposition de revenir à Paris pour y travailler, mais vous ne l'avez pas acceptée. Diriez-vous que le soleil aussi était une cause du meurtre de l'Arabe?

J'attends votre réponse,

Kassandra

Bonjour mademoiselle Kassandra,

Moi aussi, quand on m'a parlé du livre de monsieur Camus, je me suis demandé qui était cet étranger dont il parlait. Au début, je croyais qu'il s'agissait de moi. Ensuite, je ne suis dit qu'il se trompait, comme tous les autres. Qu'en fait, il aurait peut-être dû appeler son roman «Les étrangers». Car les étrangers étaient sans doute tous les autres. Par contre, cela revient peut-être au même. Je suis l'étranger pour les autres, ils sont les étrangers pour moi. C'est une question de perspective.

Si je n'ai pas demandé à monsieur Perez de me parler de lui et de maman, c'est tout simplement parce que ça ne me concernait pas et parce que d'une certaine manière, je croyais deviner ce qu'il m'aurait dit. Rien qu'à le voir, j'ai cru comprendre qu'ils avaient dû entretenir une relation d'amitié assez profonde, de manière à pouvoir rêver ensemble qu'à la fin de la vie il soit possible de recommencer. Sans doute étaient-ils tous les deux attachés à la vie. Se lier l'un à l'autre les aiderait peut-être à être plus forts, plus confiants. Cela dit, c'est une chose qu'ils avaient le droit de garder pour eux, dans une complicité qu'il ne fallait pas étaler.

Quand mon patron m'a offert un poste dans la capitale, j'ai trouvé que c'était gentil de sa part, mais je n'avais aucune raison de souhaiter changer de vie. Du reste, je ne crois pas que changer de lieu change grand-chose. La vie est partout semblable, et je m'étais habitué à Alger. J'y avais mes habitudes, mes repaires. Le soleil y est parfois pénible, il est vrai, mais sans doute la capitale aurait autre chose de tout aussi pénible.

Votre dernière question est un peu étrange. Ce n'est pas le soleil qui a tiré les coups de revolver. C'est moi.

Cordialement,

Meursault
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