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Elena Maria
écrit à
Meursault
Meursault


Amour et chute dans la mort


    Bonjour!

Je suis très contente de pouvoir t'écrire. Tu es un personnage bien «étrange», il faut le reconnaître. Moi, je me demande quelle est en effet ta «faute», puisqu'on est toujours un peu fautif. Est-ce le manque d'amour qui fait de toi un condamné à mort? Est-ce que tu aimes ou non? Tu te montres indifférent à propos de tout. Qu'est-ce qui se cache derrière cette indifférence? Tu es indifférent à l'amour et à la mort. Si tu avais aimé de la manière dont la société et ses normes l'exigeaient, si tu avais aimé tout simplement, aurais-tu pu être sauvé?

Qu'est-ce que cette haine à la fin du roman? Est-ce un défi ou bien l'effroi devant la mort? Pourquoi toutes ces morts? Une mort naturelle, celle de «maman». Tu l'appelles encore «maman». Un crime gratuit. Pourquoi ce crime, donc? Et toi, en attendant ta propre mort, quel est le sens de cette mort? Il faut payer une vie pour une autre vie? Pourquoi la mort? Pour ne pas avoir aimé? Pour ne pas savoir aimer? «Qui aimes-tu le mieux, homme énigmatique?» t'aurait demandé Baudelaire.

Je te remercie d'avance pour ta réponse.

Amitiés,

Maria

Bonjour Maria,

Vos questions sont nombreuses, mais elles se résument à une seule. La question de l'amour, si je vous comprends bien. L'amour de la vie, l'amour des autres.

Oui j'ai aimé. J'ai aimé plein de choses, quand on y pense. J'ai aimé maman. J'ai aimé Marie. J'ai aimé les bains de mer. J'ai aimé manger chez Céleste. J'ai aimé les dimanches. Je n'ai probablement pas aimé de la même manière que les autres. Elle est là, ma «faute». Si j'avais aimé comme les autres, c'est-à-dire de la même manière, peut-être le juge aurait-il décidé que c'était convenable. Peut-être aurait-il conclu que j'avais une âme.

Vous me demandez pourquoi tous ces morts. Je n'y suis pour rien. En fait, je ne suis responsable que de la mort de l'Arabe. Pour ce qui est de maman, ce n'est pas ma faute. Elle n'était plus très jeune. Vous pourriez dire que je suis aussi responsable de ma propre mort, mais je ne suis pas d'accord. Je ne me suis pas condamné moi-même.

Je me suis un peu emporté, il est vrai, quand j'ai su qu'on me trancherait la tête. Ce n'est pas la peur. Je n'ai pas de raison de craindre la mort. C'est plutôt la colère. Je me suis calmé depuis.

Meursault
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