| Lettre d'acceptation de Meursault à l'Éditeur |
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| Monsieur Dumontais, J'ai reçu votre lettre. On me l'a remise avec le repas du midi. Elle était arrivée ce matin mais en me l'apportant le midi ça évitait au préposé de venir jusqu'à ma cellule rien que pour une lettre. Ce qui est tout à fait normal. Au début, en la lisant, je ne voyais pas très bien en quoi votre publication pouvait me concerner. Et puis je n'avais pas beaucoup de temps pour ce genre de chose. Depuis qu'on a décidé que je suis un criminel, j'attends dans une cellule qu'on vienne me chercher pour me trancher la tête. Cette attente occupe beaucoup mes journées. Je veux dire qu'elle occupe mes pensées et que je ne suis pas bien certain d'avoir assez de temps pour lire une correspondance, et pour y répondre. Et d'ailleurs, c'est une chose qui ne fait plus partie de ma vie depuis la dernière lettre de Marie il y a un bon moment déjà. J'allais donc refuser, mais je me suis dis que je n'avais pas vraiment de raison de refuser. Et comme j'ai senti que ça vous ferait plaisir que j'accepte, j'ai décidé d'accepter. Répondre à des lettres pourra toujours occuper les journées où le soleil est trop brûlant pour que je puisse voir la mer. Quand le soleil est trop intense, il attire vers lui toute l'humidité du sol. Ça fait tout danser entre ma fenêtre et la mer. Tout devient flou, mouvant, et je n'arrive plus à distinguer la mer des pierres et du sable. Enfin, je me suis dit que de toute façon ce ne serait pas pour longtemps. Prolonger un délai d'exécution n'a pas vraiment de sens car on nourrit la personne pour rien. La justice ne peut pas être faite de façon à gaspiller les fonds publics. Oui, après tout, je répondrai à ces lettres. Meursault |